Douceurs enchantées, Recettes magiques

Cake d’obsidienne, banane, sésame noir & cannelle

Des bananes qui me jettent un regard suppliant depuis la corbeille à fruits…

Ça, c’est bien ma sœur, pensais-je. Supplier pour qu’on achète des bananes, en manger une, deux, peut-être, du bout des dents, avant de les dédaigner, les premières tâches noires apparues sur la peau jaune. C’est ça, quand on n’aime que les bananes pas mûres…

D’ailleurs, je la soupçonne – un peu – de le faire exprès. C’est vrai, ça. Elle sait pertinemment que quand les bananes deviennent noires, le cake n’est jamais loin, avec son petit parfum de caramel et de rhum qui flotte dans la maison, comme un air de fête… Tiens, on pourrait presque en faire un proverbe…

Avec un soupir, songeant déjà aux sourires et aux éclats de joie de ma petite sœur et de mes parents, je me suis résignée à faire la peau à ces malheureuses bananes. Mais bon, on pourrait difficilement rêver mieux, comme fin…

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Mais si, je suis sûre que vous serez d’accord…une fois que vous y aurez goûté, à mon cake…

Le seul problème, c’est que j’ai la fâcheuse manie de cuisiner à l’instinct. Exit la balance, et vive les ballet des farines, les petits ajustements. Du coup, d’une fois à l’autre, ma recette n’est jamais tout à fait la même… J’ai essayé d’en stabiliser une version, que je vous offre dans cet article 🙂 Elle est entièrement végane, sans gluten, mais surtout pas sans plaisir !

Pour le petit côté poétique, on comparera ce cake à la mie sombre, dense et moelleuse à de l’obsidienne, même si, je vous rassure évidemment, il n’en a pas la dureté… D’ailleurs, quand il vient de sortir du four, tout bronzé, on jurerait qu’il s’agit d’un gâteau au chocolat… Et non ! Try again !

Le mélange du sésame noir, que je croyais pourtant n’aimer qu’en « salé », avec la banane, est délicieux. Vous ajoutez le rhum et la cannelle, et vous êtes transporté. Même pas besoin de parfum d’ambiance chez soi, avec un gâteau pareil qui cuit…

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Cake d’obsidienne : banane, sésame noir et touche de cannelle :

  • 200g de farines sans gluten ou de farine de blé T80 (mon mélange de farines sans gluten étant le suivant : 120g de farine de pois-chiche ; 50g de farine de riz, blanche ou complète ; 30g de farine de soja, auquel j’ajoute un quart de cuillère à café de gomme de guar)
  • 30g de fécule de maïs (ou manioc, ou arrow root, selon ce que vous avez dans le placard)
  • un sachet de poudre à lever sans gluten
  • une pincée de sel
  • une pincée de vanille Bourbon
  • une cuillère à café de cannell
  • 150g de sucre complet (deux tiers Sucanat et un tiers Muscovado, pour moi)
  • 40g de crème de sésame noir (marque Jean Hervé ou Senfas ; 40g c’est une très grosse et indécente cuillère à soupe, si vous voulez savoir)
  • 30g de graines de sésame noir (ou de sésame blanc, « normal », selon ce que vous avez dans le placard)
  • 3 bananes bien mûres, sans la peau (250g de chair de banane, donc, environ)
  • 80g d’huile d’olive douce
  • une cuillère  à soupe de rhum (facultatif)

Préchauffer le four à 180°C, chaleur tournante.

Battre le sucre et l’huile d’olive ensemble.

Ajouter la crème de sésame noire au mélange.

Ecrasez (ou mixez, pour un résultat plus homogène) soigneusement vos bananes, et ajoutez-les au précédent mélange. Vous pouvez ajouter du rhum si vous en avez envie.

Dans un autre récipient, mélangez vos farines sans gluten (ou avec gluten), avec la fécule, la poudre à lever, le sel, la vanille, la cannelle, les graines de sésame (noir).

Progressivement, ajoutez le mélange liquide aux bananes et au sésame à vos poudres. Vous devez obtenir une pâte assez compacte, mais qui s’étale facilement.

Graissez ou chemisez de papier cuisson un moule, avant de le garnir de votre préparation.

Enfin, laissez cuire 35 minutes (pour un moule en forme de couronne) et jusqu’à 45 à 50 minutes pour un moule à cake. Surveillez la cuisson, à l’aide de la pointe d’un couteau.

Vous pouvez le démouler quand il a tiédi 🙂

Bonne dégustation !

Ce cake au parfum d’Orient est parfait pour une journée grisounette d’hiver ou de printemps, où l’on guette par la fenêtre les éclaircies qui nous permettraient enfin d’aller faire une jolie promenade…

Avec un thé aux épices, un chaï ou une chicorée, ce gâteau s’harmonise très bien. Je pense qu’un glaçage chocolat noir-noix de coco lui siérait également très bien, si jamais vous recevez…

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Beurre de noix de coco & deux recettes gourmandes

La noix de coco…

Elle a autant d’adulateurs que de détracteurs ! On l’aime ou on ne l’aime pas ; voilà un fruit qui agite les passions !

Ce fruit très gras, au goût doux, légèrement vanillé, est un must pour la cuisine des îles et apparaît dans de nombreux plats indiens… On lui reproche sa concentration en matières grasses, on boude son lait, soi-disant mauvais pour la ligne, et ses acides gras saturés. A tort ! De plus en plus, les dogmes nutritionnels comme quoi les graisses sont nos ennemies sont en train de reculer  et on se rend compte que les mécanismes du surpoids et de l’obésité sont bien plus dus à une surconsommation de glucides (raffinés…) et de sucre(s) (via les boissons sucrées, les desserts, le pain et le riz blanc), qui font grimper la glycémie et provoquent des pics d’insuline en chaîne. Or, une fois le pic d’insuline, brusque, passé, le corps est à nouveau en manque de sucre. C’est l’hypoglycémie réactionnelle. La boucle est bouclée ; voilà comment on peut aisément devenir addict au sucre, sous toutes ses formes…

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Or, l’organisme, qui est agressé, va avoir tendance  à stocker le sucre sous forme de graisse, à des endroits du corps joliment mal-placés, si vous voyez ce que je veux dire… Bref, tout ça pour dire : diaboliser les graisses était une fausse piste ; elles sont vitales pour l’équilibre de notre cerveau et de notre petit corps, dans toute leur incroyable diversité… Pour autant, il ne faut pas condamner complètement les glucides, ce serait une hérésie : ils restent une source non-négligeable d’énergie pour notre précieux corps et sont essentiels à notre santé. Soyons intelligents, simplement, et tâchons de faire confiance à la nature, dont  l’abondance d’aliments naturels est propice à notre bonne santé, et boudons les produits trop raffinés ou trop transformés… Tout est une question d’équilibre

Mais je m’égare, je m’égare ! Revenons à notre jolie noix de coco… Encore une fois, prononçons  quelques mots qui fâchent : graisses saturées, encore un terme qui fait  polémique… On les accable de mille maux : elles bouchent les artères, donnent du cholestérol, sont dangereuses… Encore une fois, la réalité est mille fois plus complexe que ces quelques recommandations très édulcorées de la réalité. Certes, les graisses saturées des viandes, des produits laitiers et des charcuteries peuvent avoir ces effets. Dans notre alimentation occidentale, nous les consommons en trop grande quantité, trop fréquemment, et souvent, à tous les repas. Ces aliments, trop riches en graisses saturées, favorisent les maladies cardiovasculaires et les troubles métaboliques, en plus de contenir trop de sel (charcuterie), par exemple. Mais, comme je l’ai dit, la réalité est bien plus complexe, et toute graisse saturée, n’est pas mauvaise. Consommées raisonnablement, elles sont même essentielles pour notre santé ! Que disait Paracelse ? C’est la dose qui fait le poison comme le remède… Parcimonie est le maître-mot.

C’est pourquoi on préconise aux végétaliens stricts de consommer régulièrement un peu de noix de coco, sous forme d’huile de première pression à froid, de noix de coco râpée, de beurre de coco… Les graisses saturées contenues par ce fruit sont assez exceptionnelles, de par leur concentration en acide laurique, un acide gras que l’on retrouve également…dans le lait maternel ! Je me réfère ici à l’article très complet de Mély qui m’a appris, il y a des années, de multiples choses sur la précieuse noix de coco.

Les acides gras de la noix de coco sont des acides gras à chaîne moyenne. On les distingue des acides gras à chaîne longue (omégas 3, par exemple) et des acides gras à chaîne courte. C’est une distinction purement chimique, selon le nombre d’atomes de carbone qui les composent : de 4 à 8 pour les chaînes courtes, de 14 pour ceux à chaîne courte, à plus de 14 pour ceux à chaîne longue. Leur avantage est que ces acides gras à chaîne moyenne constituent une forme d’énergie intéressante pour nos muscles et nos cellules.

Donc, consommée avec parcimonie, notre huile de coco est une alliée de notre santé !

Surtout que des études internationales mettent aujourd’hui en avant les qualités de cette huile…contre des pathologies aussi graves que la maladie d’Alzheimer. C’est le Dr Mary Newport qui contribue à populariser cet usage de la noix de coco. En effet, elle permet de prévenir la dégénérescence neuronale voire de limiter les effets délétères et les pertes de mémoire associées à la maladie d’Alzheimer. CEPENDANT, il ne s’agit pas d’un traitement miracle, mais simplement d’une manière de prévenir/retarder les effets d’Alzheimer.

L’huile de coco a encore d’autres vertus : l’acide laurique soutient à la fois notre système immunitaire et renforce notre flore intestinale… La nature est vraiment merveilleuse !

Evidemment, la noix de coco, nous la connaissons tous. Ce que j’ai découvert, grâce à Internet, c’est toutefois le beurre de coco ; un délice dont tant Mély du Chaudron Pastel, qu’Antigone, vantaient les mérites. Ces deux bloggueuses de talent ne sont plus à présenter, évidemment, et si vous ne les connaissez pas, filez rattraper votre méfait en allant admirer leur travail !

Le beurre de coco, c’est l’équivalent très cocoté des purées d’amande, de cajou, de noisette and so on, qu’on ne présente plus. Sauf que, grâce aux propriétés de ce fruit, il est solide en dessous de 25°C ; ce qui présente une infinité d’utilisations, n’est-ce pas ?

J’ai mis longtemps à sauter le pas et à enfin préparer mon propre beurre de coco (il est encore difficile d’en trouver dans les rayons, même des magasins bio ; Internet peut rester une bonne option, quoiqu’un peu onéreuse). La procédure était pourtant d’une simplicité déconcertante…à condition qu’on dispose d’un mixer assez puissant. Ce qui, longtemps, n’a pas été mon cas…

Et puis, un jour, je m’y suis mise. Et j’ai adoré.

Surtout que la préparation ne nécessite qu’un seul et unique ingrédient : de la noix de coco ! A la rigueur,vous pouvez ajouter une belle cuillère à soupe d’huile de coco afin de faire prendre le beurre plus facilement, surtout si votre mixer est peu puissant.

Beurre de Coco

  • 500g de noix de coco râpée
  • (facultatif) 1 très belle cuillère à soupe d’huile de noix de coco (soit environ 30g)
  • (facultatif : personnalisez votre beurre de coco ! Une pointe de vanille, quelques dattes mixées pour sucrer… laissez parler votre créativité !)

♥ Réunissez tous vos ingrédients dans le bol de votre mixer…puis mixez !

♥ La procédure va être assez longue et mieux vaut faire des pauses pour ne pas trop faire chauffer le moteur du mixer…

♥ A chaque fois que vous vous arrêtez, ramenez la préparation au milieu du bol et raclez les bords.

De poudre fine, la consistance doit finir par approcher une crème épaisse, puis devenir liquide, homogène et crémeuse. Alors, c’est que votre beurre est prêt… Versez-le dans un pot en verre, ou bien dans des petits moules pour déguster comme une friandise : c’est ce que Mély propose.

Quelles utilisations ? Sur des tartines ; pour glacer un gâteau avec du sucre ; mélangé avec du miel, des dattes et de l’eau de fleur d’oranger, pour fourrer un gâteau ; pour remplacer les matières grasses d’un gâteau ou d’une pâte à tarte ; pour faire des truffes crues et végétaliennes… Les utilisations sont variées, faites-vous donc plaisir ! ♥

Pour ma part, je vais vous proposer une petite recette très très très gourmande qui allie le fondant de la noix de coco au cacao et aux dattes, dans de délicieuses friandises au parfum de bounty… Elles ont fait le régal de mes goûters et de ma famille !

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Friandises très gourmandes cacao-coco-dattes

  • 125g de beurre de coco fait maison
  • 30g de poudre de cacao cru (ou normal, non-sucré, si vous préférez)
  • 70g de dattes Mazafati (elles ont l’avantage de ne pas nécessiter de pré-trempage, étant déjà très moelleuses… Vous pouvez utiliser des Deglet Nour que vous ferez tremper pendant deux heures, ou bien des Medjool, si vous ne voulez pas faire de trempage : elles sont très tendres)
  • une pointe de couteau de vanille en poudre
  • une pincée de sel

♥ Réunissez dans le bol d’un mixer votre beurre de coco à température ambiante (voire légèrement tiédi au bain-marie pour le rendre moins dur à travailler), les dattes, le cacao cru,la vanille et le sel.

♦ Mixez !

♥ Placez dans des petits moules en forme de cœur, de rond, d’étoile…votre mixture, puis réservez au frais pour une bonne heure. Démoulez ! ♥

♦ Ces petites friandises sont délicieuses pour combler une petite faim et refaire le plein d’énergie, ou avant une séance de sport. Vous pouvez également les offrir à vos proches, délicatement emballées. Régalez-vous !

 

J’espère que cet article vous aura ouvert de nouvelles et fantastiques perspectives sur la noix de coco… N’hésitez pas à tester et expérimenter…et tenez-moi au courant !

Portez-vous bien ♥

Douceurs enchantées, Recettes magiques

Gâteau moelleux pommes-cannelle (végane)

Ah, le gâteau aux pois-chiches… Mais non, ne fuyez pas ! Mettre des légumineuses dans ses gâteaux, non, ce n’est pas une hérésie, loin de là…

Ce gâteau est même devenu un incontournable de notre cuisine depuis maintenant plus de deux ans. Alors que nous balbutions encore en pâtisserie végétale, nous avons découvert cette recette, sans œufs, qui nous a bien souvent dépannée. Merci Végébon ! C’est sur ce superbe blog que je recommande à tous les mordus de cuisine végétale et véganes, que nous avons découvert cette recette, qui était à l’origine un quatre-quart sans gluten et sans œufs.

Délicieusement moelleux, dense comme un amandier, avec un petit goût qui n’est pas sans rappeler la pâte d’amande, justement, et qui fait que ce gâteau s’harmonise si bien à la fleur d’oranger…

Depuis que nous l’avons fait, transformé dans tous les sens, à grands coups de baguette magique chocolatée ou fruitée, nous en avons réalisé de nombreuses versions, à la maison. J’en propose ici une déclinaison aux pommes et à la cannelle. J’espère que cela vous plaira !

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Gâteau à la farine de pois-chiches, pommes & cannelle

  • 200g de farine de poids-chiche
  • 50g de fécule (fécule de maïs, de manioc, mais évitez celle de pomme de terre, qui dessèche très vite le gâteau…)
  • 200g de lait de soja à la vanille
  • 200g de compote de pommes ou de yaourt de soja nature (au choix 🙂)
  • 100ml d’huile d’olive douce
  • 1 grosse pomme finement râpée ou émincée, très finement, toujours, à la mandoline (ou deux petites)
  • 150g de sucre Rapadura (ou de sucre de noix de coco)
  • 1 cuillère à café un peu bombée de cannelle
  • 1 sachet de poudre à lever sans gluten
  • une belle pincée de sel

 

Préchauffer le four à 200°C.

Commencez par mélanger la farine, la fécule, la poudre à lever, le sel et la cannelle dans un saladier. Réservez.

Dans un autre saladier, combinez l’huile à la compote de façon à obtenir un mélange homogène. Ajoutez-y le sucre, battez énergiquement.

Râpez la pomme, réservez.

Ajoutez le lait à la précédente mixture.

Versez votre pomme râpée au mélange de farines, puis une fois cela fait, mêlez les liquides aux poudres. Mélangez soigneusement.

Enfournez votre gâteau pour 10min à 200°C, puis baissez la température à 180°C. Prolongez la cuisson pendant encore 25 minutes. Vous pouvez contrôler pour voir si le gâteau est cuit avec la lame d’un couteau.

Laissez refroidir, puis démoulez une fois le gâteau tiédi.

Les petites fleurs sont complètement optionnelles, mais autant profiter des jolies primevères de son jardin… ♥

Dégustez ! Ce gâteau s’accommode fort  bien d’un petit coulis style crème anglaise (végé) et d’un thé fruité, au gingembre ou aux épices (vive le chaï).

En tout cas, que votre après-midi soit douce et emplie de soleil…

Forêts & nature, Nature & balades, Villes & monuments

Une histoire de sorcières…..

Le moral a tendance à fluctuer, en ce moment.

C’est difficile, d’endurer une perte. De vivre avec, surtout. Mais j’ai les souvenirs, le son de son rire et de sa voix qui me grondait, doucement, avant de laisser place à un sourire. J’ai les souvenirs, oui, et ils sont précieux.

 

Avec le printemps qui soupire dans l’air, les envies de longues balades et de nature reviennent, elles-aussi. Rien de tel que de rêvasser dans les bois, d’admirer les nervures des tendres feuilles, pour sentir en soi un regain de vitalité couler. La forêt… je rêve de chants d’oiseau et de verdure. Mais, promis, pendant ces vacances, nous referons le plein de nature…

Depuis toute petite, je connais Saint-Jean les Saverne.

Cette commune est située dans le Bas-Rhin (67), en Alsace, non loin de la frontière avec la Moselle, où j’habite.

Parfum de balade en famille, entre amis, de pique-nique et de mystère.

Car à Saverne, on prétend qu’il habitait autrefois des sorcières…

A huit ou neuf ans, je n’aimais pas vraiment marcher. Je traînassais sans enthousiasme derrière mes parents, prêtant une oreille distraite à leurs bavardages. J’étais peu réceptive à la beauté de la nature qui m’entourait, perdue dans mes sombres préoccupations.

Mais j’aimais venir à Saverne.

Après un repas à l’Alsacienne tout à fait typique, et une escapade dans une pâtisserie où l’on se régalait de tartes aux quetsches couvertes de crimmele, de souris en pâte d’amande et de petits biscuits aux épices, nous nous attaquions à l’ascension du Mont Saint-Michel (non, pas celui auquel vous pensez), situé dans le Bas-Rhin (67) à travers de jolies et paisibles routes forestières.

Alors, nous arrivions près de la chapelle. Dédiée à l’archange Saint-Michel, elle se dresse à l’écart de toute urbanisation, en pleine forêt, dans une  atmosphère qui fleure bon l’encens et la quiétude.

Mais ce n’est pas vers elle que je m’élançais à chaque fois, quoique j’aimasse le rituel qui consistait à allumer une petite bougie rouge sur l’autel, petite veilleuse qu’on regarder brûler à s’en piquer les yeux.

Au-delà des conifères, des tables de pique-nique et du refuge forestier, il y avait surtout le rond des sorcières, le Hexenkreis.

Les sorcières, j’ai toujours adoré ça. D’ailleurs, à l’école, je me vantais toujours que ma maman, née la nuit d’Hallowe’en, était un peu sorcière…

Le Hexenkreis, c’est un bassin, creusé dans la roche, profond de 50cm, de 4m de diamètre, d’où l’on dispose d’une vue éblouissante sur toute la vallée de Saverne et les crêtes lointaines des Vosges. Par beau temps, on aperçoit les rubans scintillants de rivières qui dévalent les pentes…

Pourquoi ce nom ? parce que la légende prétend que les sorcières avaient coutume de se rassembler ici pour les nuits de sabbat, avant de s’envoler jusqu’au Bastberg, juchées sur un balai, et d’aller danser autour d’un tilleul séculaire… C’était Itta, épouse de Pierre de Lutzelbourg, qui dirigeait les opérations ; elle était connue pour être une fameuse sorcière… Lors de rassemblements, les apprentis sorciers s’asseyaient sur les bords du bassin, afin d’écouter leur enseignante parler, sur un petit promontoire.

Les géobiologues s’accordent en tout cas sur une chose, légende ou non ; c’est qu’en cet endroit, au milieu de ce cercle, les pendules s’affolent. Nœud de Hartmann, croisement d’énergie tellurique ? On peut tous s’amuser à le vérifier, pour peu qu’on connaisse les bases de la radiesthésie. Je ne manque jamais de ramener mon pendule ou ma pierre de Lune et je joue à l’apprentie druide, répétant une tradition mille fois accomplie, peut-être, au temps du culte du dieu Cernunnos et du paganisme…

Si  l’on descend un peu, à ses risques et périls, par un escalier taillé dans la pierre, on découvre la Hexenhöle, dite la Grotte des Sorcières, ou Grotte aux Fées. La grotte s’ouvre sur la forêt et les cimes des arbres. Au moindre rayon de soleil, les lézards frétillent sur la pierre chaude…

Cet endroit a indéniablement été habité au cours des millénaires.

La grotte est aménagée, avec des bancs circulaires, des trous pratiqués dans la roche qui sont comme des fenêtres sur les bois profonds, une sorte de siège, ainsi que des sillons pratiqués dans les parois, comme si, autrefois, on avait inséré ici une palissade qui protégeait les occupants de la Hexenhöle des dangers nocturnes… Mais le plus curieux reste l’espèce de sarcophage, creusé à même le sol, et dans lequel s’accumulent aujourd’hui eaux de pluie, feuilles mortes et poussières. Il mesure un mètre quatre-vingt de long, et a véritablement la forme d’un homme allongé… A chaque fois, je me demande qui, jadis, s’y est trouvé couché, à jamais ou le temps d’un rituel…

Certains pensent qu’il s’agissait d’un saint charismatique, renommé dans la région, qui aurait été enterré là. D’autres, d’une tombe de l’époque mérovingienne, qui daterait du VIIème siècle. Dans les légendes, Itta de Lutzelbourg, dont je vous parlais plus haut, y aurait été enterrée vivante, suite à des accusations de sorcellerie. Mais l’hypothèse de l’initiation a été retenue par les archéologues, qui voient dans cette grotte isolée, ses aménagements spartiates et ses équipements, un endroit dédié aux rites de passage à l’âge adulte qui se pratiquaient dans les sociétés païennes et celtiques. Cette tombe ne serait donc que symbolique, un endroit où l’initié s’allongeait pour vivre une des petites morts qui interviennent au cours de l’existence humaine, abandonner le passé derrière  lui, et renaître en lui-même.

D’ailleurs, une occupation celtique du lieu n’est plus à démontrer.

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Entre les traces d’un vaste oppidum qu’on peut découvrir lors d’un circuit de trois heures de marche en forêt, qui nous fera passer à proximité de vieux remparts, sur une ancienne voie romaine, frissonner non loin d’anciens autels et bassins à sacrifices, les Stampfloecher, et près des ruines d’un château et des lieux connus pour avoir accueillis des sacrifices rituels, humains comme animaux, les Celtes ont vécu ici. Le dieu Lug, divinité solaire du panthéon celtique, était célébré ici ; à l’époque romaine, c’est le culte du dieu Mithra qui était probablement célébré.

Les dernières traces d’occupation de la Hexenhöle remontent au Moyen-Âge, lorsque des ermites s’y étaient installés. Quoiqu’il en soit, de la préhistoire au Moyen-Âge, l’histoire n’a jamais cessé de s’écrire au Mont Saint-Michel.

Les balades qui partent de ce site sont bien nombreuses, et il n’y a pas moyen de s’ennuyer. Pour cela, il suffit de suivre les balises et  les circuits indiqués par le Club Vosgien. Attention, certaines montées sont raides ; aussi, prévoyez de bonnes chaussures de marche, des bâtons de marche, et de bien vous équiper en eau et en nourriture avant le départ.

Ces quelques dispositions prises, vous pourrez partir à la rencontre de l’histoire…pour un voyage en terres celtes. Ou à dos de balai !

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