Beauté, Contes & histoires, Réflexion

Do you believe in Faeries ?

Alors que j’avais six ans, je suis allée pour la toute première fois au cinéma avec mes parents, pour voir Peter Pan. Comme une grande, alors que la nuit tombait et que les autres enfants filaient au lit. Evidemment, cette première sortie m’a marquée, sans doute davantage que le film, dont je n’ai pas gardé un souvenir impérissable.

Sauf, peut-être, de cette petite phrase, prononcée comme une ritournelle innocente :

« Do you believe in Faeries ? »

Je me souviens fort bien du choc que j’ai ressenti en voyant Clochette pâtir du manque de foi des hommes et des enfants. Presque mourir… Et je me souviens fort bien de mon cœur qui battait et de mon imaginaire qui s’emballait : est-ce que, si j’arrêtais aussi de croire aux fées, je finirai par tuer ces délicates créatures ? Est-ce que moi, du haut de mes six ans, je pouvais être capable d’un acte aussi abject et aussi irréfléchi ?

portrait d'une jeune fille sensuelle dans la forêt Banque d'images - 14158870

Question existentielle qui m’a travaillée jusqu’à ce que nous rentrions, par la ville dont j’admirais les lumières et les ombres des arbres. Près de ma petite table de nuit, je me questionnais : et si, un jour, je cessais d’y croire ? Pouvais-je tuer ? Mais… Est-ce que la magie et les fées existaient vraiment ?

Petite, j’avais honte de ma famille, de moi, et de ce que nous représentions. Oh, c’était un sentiment idiot, mais on me faisait déjà tellement percevoir ma différence que j’avais essayé par tous les moyens de rentrer dans le moule et de taire ce que j’étais. Adolescente, je me suis inventée, dessinée, créée de toute pièces ; j’ai tenté de m’habiller comme tout le monde, puis de devenir gothique, d’essayer tout un tas de styles, d’imiter les autres, juste pour me fuir. J’étais malheureuse, mélancolique, déprimée, et je vivais davantage dans l’illusion de mes rêves que dans une réalité corporelle et matérielle qui me pesait. Jusqu’à quinze ans. L’anorexie est passée par là, brûlant toutes les identités successives de moi que j’avais inventées. Jusqu’au noyau. Jusqu’à ce que, pas à pas, je tente de m’en sortir en étant moi – juste moi. Jusqu’à ce que je tire du feu le fer en fusion pour le marteler et lui donner la forme qu’il contenait, parmi les infinités de possibles.

Quel rapport avec les fées, me direz-vous ?

Dans ma famille, nous croyons tous aux fées et au Petit Peuple. J’ai mis du temps à apprivoiser cette jolie particularité, à l’accepter ; pendant longtemps, avec ce vague souvenir d’une Clochette agonisante dans un coin de l’esprit, je clamais que je ne croyais pas aux fées – alors que quelque chose en moi, criait le contraire.

Jeune fille blonde dans une forêt magique Banque d'images - 12609894

Réunir ce que j’ai été et ce que je suis a été long et fait toujours battre un peu mon cœur d’angoisse – de moins en moins, cependant. La croyance en la nature et ses beautés, en un royaume de Faërie… voilà ce qui m’a aidé. Le soleil a réparé ce qui avait été brisé, peu à peu. Même s’il faudra encore du temps…

Alors que j’écris cet article, je lève les yeux vers le jardin et le bruissement des feuilles. La tiédeur de l’air pénètre par les carreaux ouverts, avec les trilles des oiseaux. Et le sassafras, encore bien vert, balance dans la brise ses feuilles en forme de pieds d’oiseau… Et les parfums des coings, harmonie de l’automne, mûrissent au tendre soleil… Et des particules de lumière dansent, dansent, dansent…

L’univers de la nature représente la guérison de ce que nous sommes, au plus profond ; la réunion avec un univers qui nous as enfantés et que la vie moderne a pourtant chassé loin de nos préoccupations…

La nature n’est plus représentée que par des arbres, trop rares en villes, ou de misérables plantes en pots. Nous venons la chercher et nous ressourcer en son sein aussitôt que le rythme effréné de la vie nous le permet. On chasse pigeons, renards et corneilles qui osent encore fréquenter l’espace urbain. On écrase le logis des animaux pour implanter de nouveaux quartiers ou construire de nouvelles routes. La nourriture n’est plus que source de compulsions : on la boude, on la méprise et on l’adore ; on regrette de trop manger, on craint de manquer ou de grossir… Nous avons perdu le rapport sacré avec l’énergie de la Terre qui nourrit notre être, à force de consommer des repas toujours plus dénaturés, toujours plus artificiels. Nous achetons notre nourriture emballée, empoisonnée de produits chimiques, sans nous soucier de sa provenance. Sans une pensée pour la terre qui l’a fait naître.

Fond de Noël avec des chutes de neige et les lumières de Noël à bord en bois foncé - Xmas Card avec copie espace pour le texte de voeux. Contes de fées de Magic Card Banque d'images - 46713943

Lorsque nous cultivons un jardin ou un potager, c’est en dépit des saisons et du bon sens, bien souvent, car nous ne courrons qu’après le rendement, sans respect de la plante qui nous nourrit et pousse de la terre grasse et féconde. Nous épuisons les sols, nous empoisonnons faune et flore à force d’intrants et d’herbicides. A petits feux, nous nous nions et nous nous tuons. En torturant la terre, nous infligeons les mêmes supplices à nos corps, traités sans respect ni amour, ni de ses cycles, ni de ses besoins réels. Les jolis mythes des fées ont été qualifiés de fariboles que nous contons encore aux enfants, nostalgiques d’une époque où nous croyions que les corolles des fleurs abritaient ces êtres irisés. Puis, une fois l’adolescence venue, le sourire de l’adulte, supérieur et sage, qui vit en nous, s’écrie : « Tu es trop vieux pour y croire. Père Noël ? Saint-Nicolas ? Petite souris ? Des mensonges. Nous t’avons fait vivre dans le mensonge. Les fées n’existent pas. »

Nous n’avons plus besoin de fées, parce que la science explique tout. La beauté est devenue la fille délaissée de la connaissance : un arc-en-ciel n’est plus un passage vers un monde onirique, mais rien qu’une diffraction de la lumière… Certes, je ne le dénierai pas, et j’adore, comme beaucoup, ce que la science a su nous apporter au quotidien. J’adore comprendre, analyser, connaître. Je m’émerveille aussi de la science. Mais… Pourquoi pas les deux ? Pourquoi ne pas réenchanter le quotidien d’un soupçon de magie ? Quel mal à cela ? Le rêve a toujours fait partie de l’humanité et vient visiter chacune de nos nuits… laissons-le revenir, au lieu de nous emprisonner dans le matérialisme !

Et puisque nous maîtrisons la nature, elle n’est plus qu’une esclave au service de l’humain ; il est devenu l’apprenti-sorcier, la science, sa baguette magique, et les fées n’existent plus.

Je pense que croire aux fées à notre époque est un acte de résistance envers cette cruauté que nous infligeons à la nature, à nous-mêmes et à autrui. Renouer le lien perdu avec la nature, tel Thoreau autour du lac de Walden, dans sa petite maison construite de ses propres mains, qui a vécu un an durant de pêche et de ce qu’il cultivait, loin de toute société.

belle femme de roux dans un jardin de printemps Banque d'images - 15761104

Parce qu’en cessant de croire aux fées, c’est l’enfant sauvage qui est en nous, que nous tuons.

Images libres de droit : fr.123rf.com/

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