Contes & histoires

Quand je serai grande…

Quand je serai grande, je serais une gentille sorcière. Les gens qui viendront me voir me paieront avec du thé aux épices, du chocolat et avec les histoires qu’ils me raconteront.

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Quand je serai grande, j’habiterais avec mon chéri une belle maison au milieu d’un bois de chêne mystérieux. La brume viendra nous visiter chaque matin, quand ce ne serait pas une horde de biches en quête d’un petit-déjeuner de jeunes pousses et de tendres crosses de fougères.

Quand je serai grande, j’aurais un grand potager, où je ferais pousser des citrouilles rondes, rousses et savoureuses, des carottes violettes et des sourires à foison.

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Quand je serai grande, j’apprendrais toutes les danses du monde et j’organiserais de grands bals masqués dans la forêt, sous l’ombre de la lune.

Quand je serai grande, j’aurais trouvé la recette parfaite de brownie au chocolat et j’en préparerais chaque semaine une grande fournée à mon amoureux.

Quand je serai grande, j’aurais un cheval, un Frison, avec une liste blanche en forme d’étoile sur le front.

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Quand je serai grande, je voyagerais un peu partout pour rêver devant toutes les nuits du monde et faire du yoga sur les plages de Bali.

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Quand je serai grande, je ferais semblant d’être une princesse rien que pour danser la valse à Vienne.

Quand je serai grande, j’adopterais quinze chats et je donnerais à tous le prénom d’un personnage de Shakespeare.

Quand je serai grande, je me perdrais dans les rues de Londres ou de Dublin, et je me jetterais sur les traces de Dickens, des héroïnes d’Austen, de Joyce ou encore de Wilde.

Quand je serai grande, j’aurais une bibliothèque immense et un observatoire pour regarder les étoiles.

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Quand je serai grande, j’aurais un beau lit à baldaquin, un joli balcon avec une rambarde en fer forgé et un châle en laine rouge sous lequel me blottir par les frais matins d’automne, pour observer l’aube se lever.

Quand je serai grande, je partirais en Inde pour humer des parfums d’épices, de légumes rôtis au ghee et d’encens dans les temples, sur les traces de l’Ayurveda.

Quand je serai grande, j’organiserais de grands pique-niques à l’ombre des saules, avec tous les gens que j’aime, des rires, des jeux, des tartes aux noix de pécan et des nappes à carreaux.

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Quand je serai grande, j’apprendrais le nom de toutes les plantes comestibles, et je préparerais des crèmes à l’aspérule, des potages aux orties, des salades d’aubépine et de primevères, des sautés d’égopode et de lamier, des asperges sauvages en vinaigrette de lierre terrestre.

Quand je serai grande, je croirais toujours aux fées, aux dragons et aux elfes.

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Quand je serai grande, je porterais la même robe que Vera Ellen dans White Christmas quand elle danse avec Danny Kaye…

Quand je serai grande…  

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Contes & histoires, Développement personnel, Lectures, Réflexion

Les huit commandements de l’auteur heureux et productif

Pourquoi est-ce que ce maudit projet n’avance pas ? Vous avez le scénario en tête, des pages et des pages de notes préparatoires. Ce n’est même pas le temps qui vous manque ; si vous étiez de bonne foi, vous sauriez qu’au lieu de traîner trois heures par jour sur Internet, vous pourriez écrire davantage et vous sentir plus satisfait. La vérité, c’est que vous persistez à vous fuir. Pourquoi ? Pourquoi tout processus créatif est-il si douloureux et nous met face à mille craintes qui ressortent soudain : suis-je doué ? Est-ce que ce ne sera pas du temps perdu ? Quelle est ma légitimité pour écrire une histoire/nouvelle/roman ?

Et, pire que tout : à quoi bon ?

Je ne prétends pas répondre à ces questions, lesquelles ont forcément une réponse personnelle (en tout cas, sachez que tout Art, quel qu’il soit, vaut la peine d’être déployé. C’est votre moyen d’expression, votre manière d’être au monde ; n’ayez pas honte de prendre du temps pour vous et pour vous exprimer !), mais voici quelques humbles conseils pour éviter les écueils de l’écrivain torturé qui se fuit lui-même – parce qu’il se juge sans cesse.

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Voici 8 les commandements de l’auteur productif et heureux !

 

A chaud, tu ne te reliras point :

Vous venez d’écrire deux pages sous le coup d’une brusque flambée d’inspiration. A priori, vous êtes plutôt content de la moisson du jour…jusqu’à ce que vous vous relisiez. Vous grimacez. Bon sang, mais qu’est-ce que cette tournure est mauvaise… Cette phrase ne veut rien dire. Le manque de vocabulaire vous afflige. Vous pataugez dans un marécage d’expressions sans queue ni tête. Et soudain, tous vos efforts se retrouvent engloutis sous une vague de découragement. A quoi bon l’inspiration, si tout ce que vous écrivez est aussi mauvais ?

C’est ce que j’appelle le piège de la relecture. Nous y sommes tous soumis, je pense, à des degrés divers. Et il n’y a rien de pire pour la confiance en soi qu’une relecture qui vous décourage de l’écriture… Votre esprit critique s’empare du moindre défaut, qu’il grossit démesurément.

Nous ne sommes jamais plus mauvais juges qu’à chaud, directement après l’écriture d’un passage. Au lieu de nous laisser aller à la critique impitoyable, mieux vaut laisser tomber la relecture, rester sur notre première impression (la meilleure, celle que nous avions pendant que nous écrivions) et laisser passer un peu de temps ; idéalement quelques jours. Le mieux serait presque d’enterrer le texte. Et d’y revenir après l’avoir pour ainsi dire oublié – avec un regard neuf. Ainsi, vous serez constructif, et non piégé par des critiques contre-évolutives.

Tu ne te jugeras point :

Nous avons tous des mentors en écriture, plus ou moins assumés. Si vous voulez tout savoir, les miens se nomment Barjavel, Oscar Wilde et Charlotte Brontë. Nous avons tous des idoles, des auteurs dont nous jalousons un peu le style et la tournure aisée… Le piège est le suivant : vouloir se comparer aux grands auteurs. En comparaison de leur maîtrise de l’écriture, nos propres productions apparaissent soudain bien pâles. C’est le malaise, la honte, le découragement. A quoi bon écrire si on n’est pas Victor Hugo ?

(comme il n’y a eu qu’un seul Victor Hugo, plus personne ne devrait plus jamais rien écrire. Imaginez, avant lui, que Victor Hugo se soit désespéré de ne pas égaler le génie de Virgile et qu’il n’ait jamais rien produit… ?)

Justement, vous n’êtes pas Victor Hugo : vous êtes vous. Et c’est tant mieux. Source d’inspiration plus que source de malaise, nos mentors en écriture ne devraient jamais nous complexer.

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Le critique intérieur tu renverras :

Même combat. La petite voix insidieuse qui soupire en vous que vous manquez de talent et qui vous bride… Appelez-le comme vous voulez, je le surnomme pour ma part « le critique intérieur ». En l’occurrence, je trouve que l’expression s’applique très bien à la situation. Il s’agit de cette instance de votre être qui commente tout ce que vous accomplissez, souvent sans une ombre de bienveillance (et sans objectivité non plus…). Au lieu de vous servir, ses remarques vous découragent et vous détournent de votre tâche. Parce que nous y sommes toujours vulnérables, parce qu’on n’y est jamais complètement immunisés, parce qu’il y a des jours où il reprend le dessus, écrivez sur un post-it de votre bureau, en lettres capitales : VOUS N’ÊTES PAS VOS PENSEES. Imprimez-le. Faites-vous-en un mantra. Chantez-le sur tous les tons… Le critique intérieur ne devrait jamais triompher, justement parce que…il ne vous sert à rien. La critique d’un ami, les reprises d’un bêta-lecteur : elles sont précieuses. Mais les geignements incessants de cette petite voix qui vous fait douter de tout, à commencer par vous… Non !

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La page blanche ta meilleure amie sera :

Ah, la fameuse page blanche. Quintessence du vide, de la peur de n’être plus bon à rien, de ne plus savoir qu’écrire, d’avoir le poignet rouillé, de… Ah, ça vous dit quelque chose ?

Nous avons tous des moments de passage à vide. Où rien ne vient. La tension monte. Les phrases raturées s’enchaînent les unes aux autres. L’esprit s’emballe. Pourquoi est-ce que j’écris, au fait ? Qu’est-ce que je fais-là ? Et si je n’y arrivais plus jamais ? Et si… Stop.

Et si cette brave page blanche devenait votre meilleure amie ? Rien ne vient ? Quelque chose vous bloque. Ou alors, la scène que vous voulez écrire refuse de se matérialiser sur le papier. Très bien. Partant du principe que le vide est fécond, détournons cette maxime bouddhiste à notre avantage. Revenez aux basiques. Laissez tout tomber, sortez inhaler quelques bouffées d’air frais puis, la plume comme l’emblème d’un guerrier des mots, reprenez votre poste.

Ecrivez tout autre chose. En général, quand on n’arrive à rien, c’est qu’on se bloque soi-même. Pour ce faire, rien de tel que l’écriture au fil de la plume. Ecrivez tout ce qui vous vient à l’esprit qui pourrait faire suite à ce début d’histoire, le plus basique et le plus ouverte possible : « Alors que vous vous promenez dans la forêt, vous entendez soudain des sanglots. Vous vous approchez pour découvrir… » Et laissez parler l’imagination, sans prise de bec avec vous-même ou votre critique stylistique intérieur. Juste laissez couler.

D’ici un quart d’heure, vous vous serez sans doute débloqué et pourrez peut-être envisager la scène qui vous bloquait avec un œil nouveau, reposé.

Tu ne te disperseras point :

Ah, Internet. Les mille onglets ouverts. Les stimulations permanentes. Les notifications qui s’enchaînent. Les sms. Le téléphone qui sonne. Le chien qui vous supplie de sortir… Les tentations pour vous détourner de votre chemin d’auteur sont innombrables. Le péril est d’y céder, trop souvent, trop fréquemment. Vous pensez que votre cerveau peut assumer plusieurs tâches à la fois, répondre au téléphone, écouter de la musique, discuter avec untel et rédiger telle ou telle scène en même temps. En vérité, il ne cesse de sauter d’une activité à l’autre. Résultat : vos pensées défilent, se mélangent, vous manquez de concentration. Votre cerveau déteste ça. Et comme cette scène ne vous emballe pas des masses, vous partez discutailler avec untel à la place. Résultat ? Vous avez écrit 30min sur les deux heures initialement prévues. Pas très bon pour l’estime de soi, ça non plus. Si vous voulez être efficace et au meilleur de vos capacités, il est important de vous mettre à écrire et rien qu’à écrire pendant un temps consacré à cela. Si c’est une demi-heure, tenez-vous-y. Deux heures aussi. Plongez dans le texte, immergez-vous dans les mots. Vivez ce que vous écrivez. Et si le critique intérieur frappe à votre porte, renvoyez-le comme vous le feriez d’un démarcheur téléphonique.

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L’inspiration tu revaloriseras :

Voilà un parti pris de ma part, sans doute, mais je pense que l’écriture sans une part de folie, d’inspiration, de quelque chose de créatif et d’un peu inexplicable, ressemble à un gâteau au chocolat sans chocolat. Il manque quelque chose ; vous vous demandez quoi (un peu, beaucoup, passionnément, à la folie), mais vous mangez quand même. Je pense qu’on ne peut pas tout contrôler, dans le processus d’écriture. J’en parlais dans un article sur le flow, mais si vous tentez de tout maîtriser, vous passerez à côté de l’essentiel. De temps en temps, pratiquez en vous détachant de vos notes, laissez-vous transporter ou surprendre au détour d’une phrase… Ré-enchantez votre pratique !

Du plaisir tu y prendras :

Tout est dit, non ? Jouez avec les mots ! Jouez avec vos personnages ! Peaufinez votre histoire et votre monde ! Si votre pratique est un jeu, vous ne vous ennuierez jamais. Tant que vous êtes passionné, vous risquez moins de souffrir d’un manque d’inspiration. Une scène vous ennuie ? Essayez de la voir sous un jour nouveau. Envisagez-la autrement. Amusez-vous avec les clichés !

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Se jeter dans les mots tu devras :

La première phrase, celle qui déterminera du reste de votre texte… Vous passez des heures à la chercher, à la faire aussi parfaite que possible… Les ébauches s’accumulent avec les ratures. Rien à faire, elle ne vous satisfait pas.

Je crois qu’en matière d’écriture, il faut se résigner à l’imperfection du début, jusqu’à la fin. Comme les premiers chapitres d’un roman sont ceux qu’on retouche le plus, les premières lignes d’un texte sont pareillement soumises à la merci de vos critiques. Soyez doux avec vous-même. Ne vous focalisez pas trop là-dessus ; de toute manière, vous y reviendrez, à ce début. Alors, plongez dans le texte. Le début étant susceptible d’évoluer avec l’histoire/le texte, faites-vous violence pour n’y revenir qu’à la fin du chapitre. Là, vous saurez vraiment où vous souhaitez en venir ; vos corrections et retouches seront alors efficaces.

Si vous avez du mal avec les débuts, un conseil qui est une méthode partagée par pas mal d’auteurs : sautez à pieds joints dans une scène. Dispute, conversation, voyage… Laissez les impressions se déployer autour de vous et planter le décor.

 

Voilà, j’espère que ces petits « commandements » vous auront plu/éclairé de la lumière de votre muse !

En attendant, je vous souhaite à tous une délicieuse soirée ♥

Tendrement vôtre,

Eve.

Contes & histoires, Développement personnel, Réflexion

L’art du flow dans l’écriture

Lorsqu’on écrit, on explore ses mondes intérieurs, on crée une réalité qui n’appartient d’abord qu’à nous. On la met au monde ; et, alors, libre à nous de la partager (ou non), avec des lecteurs. A partir du moment où les mots ont été déposés dans leur écrin de papier, ils ne nous appartiennent déjà plus vraiment. Je ne sais pas si vous avez déjà éprouvé cette sensation, vous qui créez ou écrivez : au bout d’un moment, vous faites corps avec votre stylo, votre pinceau, ou votre outil. Votre conscience et votre volonté se dérobent ; les personnages prennent consistance. Soudain, ce sont eux qui décident de leurs actes à votre place, et vous les observez évoluer, un peu surpris de ce que votre esprit a enfanté.

Cet état dans lequel l’esprit s’efface, d’heureuse communion avec la tâche que l’on effectue, porte un nom ; la psychologie positive l’a nommé le « flow ». A ne pas confondre avec le « stream of consciousness » (parfois appelé « flow » ou « flood of consciousness ») ! Cette technique littéraire popularisée par Virginia Woolf ou James Joyce consiste, dans un récit, à adopter un point de vue interne qui se veut la retranscription fidèle de toutes les pensées et états d’âme qui absorbent un personnage.

Qu’est-ce le flow ?

Non, le flow est un état découvert par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi (à vos souhaits). Pour la petite histoire, ce terme est apparu en 1975, suite à des recherches menées par le professeur sur la créativité. Décrit comme le sentiment de se laisser porter « par une rivière », le flow exprime cette capacité à s’immerger complètement dans une activité. Joie de vivre, expérience suprême, concentration intense, sentiment d’accomplissement, distorsion de la perception du temps… Voilà quelques termes utilisés pour qualifier le flow. Toutes les ruminations disparaissent ; vous laissez une énergie douce mais puissante vous porter, et la créativité afflue alors en vous.

Les personnes qui parviennent le plus souvent à susciter cet état quasi-méditatif disent retirer plus de satisfaction de leur vie de tous les jours. En instaurant un sain détachement avec leurs pensées, elles parviennent à se libérer des schémas de pensées négatives ou des vieilles habitudes obsolètes. Aide thérapeutique contre la dépression ou le chagrin ? Nous savons tous que l’Art nous reconnecte à nous-mêmes et ensoleille notre vie…

Mais ce fameux flow, même s’il décrit un état souvent vanté par les philosophies orientales, est un état de conscience à la portée de tous. Naturellement, nous sommes tous happés par notre propre flow, au cours de la journée. Nous ne nous en rendons pas compte, la plupart du temps.

Vous l’aurez compris, le flow ne concerne pas que les disciplines artistiques. Vous l’éprouvez en faisant le ménage, la vaisselle, en courant ou au milieu de vos asanas, en chantant, en conduisant…

En revanche, il existe quelques petites techniques pour parvenir à cet état de bienheureuse « transe artistique ».

Je sais qu’il n’est pas toujours possible de se créer un endroit dévoué à sa pratique, quelle qu’elle soit (peinture, écriture, sculpture, yoga… Toute pratique créative qui met en lien avec la source de sa créativité). En revanche, vous pouvez faire de votre pratique un moment sacré. Et tel est mon premier conseil :

  1. Rendre sa pratique sacrée :

Qu’il s’agisse d’un instant pour vous recueillir en vous-mêmes, de quelques profondes respirations, ou même d’un Pranayama (celui de la respiration alternée, qui équilibre cerveau gauche et cerveau droit, me paraît tout à fait conseillé avant un exercice d’écriture), commencez toujours par poser une intention. Comme au début de votre séance de Yoga. Pourquoi travaillez-vous, aujourd’hui ? Pourquoi prenez-vous la plume ? Ne laissez pas la routine s’installer dans votre pratique. Gardez l’esprit clair, affûté, sur vos objectifs ; entretenez l’esprit curieux et ouvert du débutant. Et laissez-vous surprendre… Les moments où vous écrivez, peignez, jouez de la musique sont sacrés, parce qu’ils sont vôtres : un espace d’expression, où vous êtes vous-même. Chérissez-les. Alors, l’espace et le temps-mêmes de votre pratique deviennent un sanctuaire dans lequel se plonger.

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  1. Prendre le temps :

Tout Art demande du temps et de la patience pour s’épanouir. Les grands maîtres yogis ou ceux qui pratiquent les arts martiaux le savent : il n’est jamais trop de toute une vie pour apprendre à connaître son Art. Pour maîtriser les codes d’une cérémonie du thé, on dit qu’il faut quinze ans de pratique. Dans notre société où tout va trop vite, cette persévérance est loin d’être une valeur attendue. On recherche avant tout la rapidité, la productivité, la superficialité. C’est faux. L’écriture est un art de la maturité. Le style demande des années pour se forger, et il évolue sans cesse, avec vous. Il se nourrit de vos lectures, de vos rêves, de votre quotidien, de votre expérience. Chaque jour, prenez un peu de temps, ne serait-ce que vingt minutes, pour tenir un journal, de vos rêves, de votre quotidien, noter quelques idées, des impressions, un texte. C’est votre fil, votre lien avec votre pratique d’écriture ; ce qui fait de vous un Artiste. Même au milieu du quotidien, vous êtes relié à votre nature créative, toujours. Alors, ce temps, prenez-le, avec le sourire, avec rigueur – pour vous.

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  1. Instaurer une habitude :

L’être humain aime les rituels. Ce que je vais dire ici peut sembler contradictoire avec ma première entrée ; et pourtant ! Si vous écrivez chaque jour à la même heure, en conscience, votre cerveau finit par se mettre en condition à ce moment de la journée. Il sait – et vous savez – qu’il s’agit de votre moment, à vous. Les habitudes nous permettent tout simplement de gagner du temps, et de l’énergie. Au lieu de remettre en question votre emploi du temps, de trouver une demi-heure bancale entre une lessive et une séance de sport, qui sera tronquée par des coups de fil ou les obligations du quotidien, instaurez-vous un moment dans la journée, une plage libre, qui sera dévouée à l’écriture. Pendant ces vingt minutes, vous pénétrez dans votre monde ; les contingences matérielles n’existent plus. Vous déconnectez de tout le reste. Dans ces conditions, vous atteindrez plus facilement votre flow que si vous êtes préoccupé par mille choses, sans cesse.

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  1. Se laisser surprendre :

Dans notre monde, nous avons l’habitude de tout prévoir et tout planifier à l’avance. Les menus sont épinglés sur le réfrigérateur pour la semaine ; notre emploi du temps est rigoureusement fixé, rythmé par l’inflexible pendule ; nos vacances sont organisées avec une rigueur qui interdit la flânerie. Cette obsession du contrôle peut se retrouver dans notre pratique…et complètement nous empoisonner. Pour peu que vous écriviez un roman, une nouvelle, ou que vous travailliez sur un projet structuré, il est logique (et même préférable) d’avoir un plan, un scénario, des événements définis à l’avance. Cependant, de grâce, ne cherchez pas à tous prix à tout faire rentrer dans les limites froides et bornées d’un plan ! Laissez-vous surprendre ! Laissez-vous des moments pour vous exprimer et écrire au fil de la plume ! Renouez avec votre créativité, sa folie, son chaos. Elle est imprévisible, et merveilleuse ainsi. Prévoyez des exercices où vous vous soustrayez de ces contraintes scénaristiques. Juste pour le plaisir d’écrire. N’importe quoi ; une scène, un poème, une pièce de théâtre. Ce qui vous fait du bien.

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  1. Créer une ambiance d’écriture :

Je crois que c’est une expression que l’on m’entend souvent prononcer « une ambiance d’écriture ». Mais qu’est-ce que cela désigne exactement ?

Ecrire, c’est créer une ambiance et un monde. Pour mieux vous immerger dans votre petit univers, je vous recommande de vous créer toute une ambiance. Promis, tisane, bougie, musique accordée aux émotions que vous souhaitez transmettre dans votre passage ont toute une influence sur le résultat de votre création. En agissant sur vous, vous agissez sur ce que vous créez… Certains préféreront le silence, sans fioritures ; d’autres aimeront glisser une petite musique en fond. D’autres, encore, auront besoin de susurrer une mélodie, de s’en imprégner, ainsi que de tout ce qu’elle dégage, avant de se mettre au travail. N’oubliez pas : tout ce que vous êtes ou tout ce que vous faites nourrit votre pratique…

Si le sujet vous intéresse, je parlerai plus amplement des « ambiances d’écriture » dans un autre article – c’est un Art à part entière, un moyen de rejoindre réel et mondes intérieurs !

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  1. Ne pas se juger :

Être bienveillant envers soi. Voilà une phrase que l’on entend souvent, et qui rejoint le conseil donné par Fabrice Midal, comme une formule ou un mantra détonnant : « fichez-vous la paix ». Dans le sens où vous cessez de chercher la petite bête, de vous mettre en mode « autocritique sévère » pendant que vous pratiquez. Evidemment que votre texte sera toujours perfectible. En revanche, sans cesse reformuler, se désespérer parce que vous ce paragraphe ne ressemble à rien, parce que vos formulations patinent et s’enlisent…ne servira qu’à vous détourner de votre pratique. Ecrivez. Faites. Et, seulement quand vous avez terminé, prenez un petit moment pour vous relire. Regardez avec des yeux bienveillants le fruit de votre travail du jour – en toute honnêteté. Peut-être qu’en effet, vous n’étiez pas très en forme, qu’il faudra retravailler ci ou cela…mais cela fait partie de la pratique. Cela vous donne une idée de ce sur quoi vous devrez travailler ou vous concentrer le lendemain. Vous êtes dans une perpétuelle évolution. Mais ne vous dites jamais que ce que vous faites est nul. Demandez des avis extérieurs, focalisez-vous sur des objectifs, concentrez-vous sur les bienfaits de votre pratique. Partez de là où vous êtes. Chaque texte est un voyage. Concentrez-vous sur l’essentiel et ne vous jugez pas trop sévèrement.

Le « flow » est un moyen de prendre soin de son intériorité et de son esprit. Cette technique est considérée comme une thérapie – à la façon d’une méditation créative. Ne vous sentez pas frustré, si votre « flow » n’est pas parfait. C’est comme la méditation : plus vous cherchez à atteindre cet état, plus il vous échappe, comme une poignée de sable dans les mains d’un enfant. Ne le cherchez pas. Soyez ; œuvrez, créez, glissez de la joie dans votre pratique…et vous en ressortirez ressourcé, tout simplement.

Voilà, j’espère que ces quelques conseils vous motiveront dans votre pratique de l’écriture, ou dans votre Art ♥

Si vous avez d’autres habitudes, des moyens d’atteindre votre « flow », je serai heureuse de les connaître !

Que votre matinée soit douce ♥

Eve.

Citations inspirantes, Contes & histoires, Douceurs enchantées, Projets de roman(s), Recettes magiques, Repas des elfes

Rêver avec des brioches épeautre-cannelle-noix de pécan

J’aimerais connaître la recette d’une potion, philtre ou breuvage subtil, qui me transporterait dans les mondes que je tisse de mots. J’aimerais courir sur les landes ou à la poursuite de feux follets aux côtés de ma sorcière, ma Jodie. J’aimerais promener la main sur les moellons et les pierres humides des murs du château de Kullinghan. J’aimerais plonger le nez dans les crins noirs et fournis de Xaos, galoper sur le dos d’Ailim, tâter les écailles des dragons.

Rien qu’une soirée, bercée par la voix des bardes et les joyeux trilles de la musique d’Otter. Rien qu’une après-midi, les yeux dans les yeux avec Jaufré de Rousselune…

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Je les connais, et cependant, je suis condamnée à ne jamais les voir qu’en imagination. Mes personnages… Des amis. Cruelle destinée de celui qui crée et dessine, qui enfante des mondes qui ne vivent que le temps d’un rêve… Rêve, réalité ; souvent, on oppose les deux. Mais les rêves ne sont-ils pas immortels ? Ne peuvent-ils pas se partager ? Lorsque je songe aux récits des mythologies antiques et celtiques, à ceux de Chrétiens de Troyes, des épopées qui ont survécu, je me prends à espérer – que mon petit monde vive un jour au-delà de moi. Du rêve d’un aède, Homère a fait l’Odyssée, dont tous, nous nous rappelons de l’aurore aux doigts de rose.

μος δ ριγνεια φνη οδοδκτυλος Ἠώς

(Emos d’èriyéneia phanè rhododaktulos Eos)

Loin de moi toute prétention littéraire. Je pense que ceux qui écrivent ne sont pas étrangers à ce sentiment : on aimerait que notre monde existe pour de vrai ! Je n’oserai jamais (jamais !) me comparer à Homère ni à aucun grand écrivain. Mais quelle meilleure façon de faire exister son empire de songes que de le partager ?

En attendant, je me console ; j’invente des recettes que je les imagine savourer, tous ensemble, Erell, un peu de gouaille au coin des lèvres, Jaufré regardant Nathaniel en chien de fusil, Jodie riant et secouant ses cheveux de jais, Karil réservant à Sovay les meilleurs morceaux…

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Petites brioches rustiques, petit-épeautre, pécan & cannelle

  • 150g de farine de petit épeautre complète
  • 150g de farine de kamut complète
  • 50g de farine de riz complet ou d’avoine
  • 100g d’huile de noix de coco fondue
  • 200ml de lait de noisettes/d’amande/de riz
  • 100g de noix de pécan concassées
  • 1 sachet de levure de boulanger
  • 1 cuillère à soupe de sucre complet
  • 1 cuillère à soupe de cannelle
  • 1 cuillère à café de mélange d’épices à pain d’épices
  • 1 généreuse pincée de sel

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Commencez par mélanger les farines ensemble avec les épices et le sel.

Pendant ce temps, tiédissez le lait avec le sucre et versez-y la levure. Laissez gonfler un moment.

Ajoutez l’huile, puis le lait et la levure au mélange de farine, et mélangez soigneusement, jusqu’à obtenir une belle boule de pâte non collante. Pétrissez soigneusement.

Formez ensuite de petites boules de pâte que vous laisserez lever sur une plaque, près d’une source de chaleur. Laissez lever au moins une heure.

Puis, à four chaud, enfournez 20min à 180°C.

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Régalez-vous ! Ces petites merveilles sont rustiques, assez compactes, peu levées, mais délicieuses en goût. J’adore le côté « roots » de la farine complète, qui se marie à merveille avec celui des épices. La croûte est croustillante, surtout sortie du four. Les petites brioches se dégusteront avec une purée de noisettes grillées, de la purée d’amande, un carré de chocolat ou bien, natures, telles quelles, toute chaudes encore – le parfum qui se dégage du four est une tentation en lui-même, oui-oui.

J’espère que vous apprécierez cette nouvelle plongée dans mon petit univers médiéval…

Tendrement vôtre,

Eve.

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Contes & histoires, Douceurs enchantées, Projets de roman(s), Recettes magiques, Repas des elfes, Romans

Le pain des elfes – recette magique

L’excitation est un alcool précieux.

Jeudi 9 février, mon roman et le petit univers qui en découle fêtaient leurs un an. Cette journée a été aussitôt décrétée spéciale. Un lever poétique bien avant l’aube et une séance de Yoga, tandis que l’encens répandait dans la pièce ses vapeurs sacrées… Quelques rêves murmurés au nuage, les yeux brillants de certitude que le futur sera très beau, très brillant, et très doux. De plus en plus, je ressens l’envie que l’aventure de l’écriture se prolonge, se concrétise, prenne d’autres chemins, d’autres voies… J’espère que vous me suivrez dans cette nouvelle épopée, vous qui me lisez…

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Ce jour-là, je ne suis pas allée en cours – jusqu’au bout, je voulais rendre ce jeudi spécial. Mon ordinateur dans ma besace, chevauchant les rêves et les moindres rayons de soleil, j’ai hanté la BU et mon café favori, m’enfonçant dans les coussins de son ambiance moyenâgeuse et la musique sucrée déversée par les enceintes. Le thé Pomme d’Amour était parfumé à souhait ; le chocolat fondait sur la langue avec un goût plus délicat qu’à l’accoutumée. Tandis que les mots s’égrenaient les uns aux autres… Ce jour-là, j’ai terminé de corriger les cinquante dernières pages de mon manuscrit, retouché certaines scènes, été heureuse, puis triste, de quitter ceux qui sont devenus des amis, qui habitent mon esprit de leurs sourires et de leur courage. C’était un moment que je ne pouvais partager avec personne, je crois.

Pour fêter cette date symbolique, j’ai décidé de publier sur mon blog écriture (La Couleur de la Magie) quelques bonus divertissants du 9 au 15 février. Vous y trouverez notamment un horoscope fictif des personnages principaux, des fiches-personnages, des recettes… N’hésitez pas à aller les découvrir ou à vous plonger dans mon petit univers ! Les premiers chapitres du roman sont postés, ainsi qu’un synopsis. Je serai ravie de recueillir vos impressions, vos avis, vos pensées ♥

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Pour ne pas rompre avec la poésie de mon univers, quelques recettes tirées de mon roman, ou inspirées par mes personnages, vont être postées sur Antidote Veggie. La première est un petit délice que je nomme « le pain des elfes », à la fois parce qu’il est fort riche en goût et en énergie, et à la fois parce que les ingrédients qui le composent évoquent la forêt et l’automne roussoyant – oui, mon imaginaire associe cannelle, noisettes et vanille à l’automne.

Je vous propose donc un voyage gustatif sur les terres de la magie, en compagnie de renards, d’elfes des bois (pas au sens Tolkenien du terme… mes elfes sont des créatures mi-arbres mi-fées) et de héros ratés.

Sellez votre monture ou votre dragon et…partez pour un galop au milieu des futaies dorées !

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Pain des Elfes :

  • 100g de noisettes décortiquées
  • 150g d’un mélange d’amande et de noix de cajou (non grillées, non salées)
  • 150g de dattes moelleuses (Mazafati ou bien des Medjool trempées pendant 15min dans de l’eau tiède, ou bien des Deglet Nour trempées 2h)
  • 50g de pistaches concassées, décortiquées, non-salées, non-grillées
  • 50g d’un miel qui vous plaît (miel de chêne, pour moi, pour rappeler la forêt…)
  • 1 cuillère à soupe de cannelle en poudre
  • une belle pincée de vanille
  • une généreuse pincée de sel

Commencez par réduire au mixeur les oléagineux (noisettes et amandes) en poudre grossière (il doit rester des morceaux). Réservez.

Mixez les dattes avec 1 cuillère à soupe de leur eau de trempage, avec le miel, le sel et les épices.

Ajoutez les éclats de pistache, la poudre grossière (vraiment très grossière…plus des petits morceaux que de la poudre, à vrai dire) au mélange dattes-miel-épices, puis malaxez le tout de façon à former une boule collante.

Avec la pâte obtenue, façonnez des galettes ou des petits pains en pressant dans votre paume. Déposez les gâteaux obtenus sur une assiette, délicatement, puis réservez au frais pendant une heure au minimum.

Vous pouvez déguster ♥

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Ces pains des elfes sont particulièrement appréciés par les voyageurs en hiver ou au printemps. En plus de redonner de l’énergie, leur goût est délicieux. Leur effet est un peu magique : la cannelle envoûte le palais, et son effet régulateur de la glycémie fera du bien à votre organisme ! Les dattes, fructose, vitamines B et oligo-éléments (potassium, calcium, fer) restituent vos forces et nourrissent vos muscles, les bons lipides (insaturés) des fruits secs nourrissent le cerveau et sont une source sûre d’énergie.

Si vous réalisez cette recette, n’hésitez pas à m’en faire part, aventuriers du goût que vous êtes !

Tendrement vôtre,

Eve.

Contes & histoires, Développement personnel, Lectures, Nouvelles, Projets de roman(s), Réflexion

La Muse assassinée

L’inspiration n’a plus vraiment la côte. Il semble que ce terme, passé dans le langage courant, souffre d’un soudain désamour. Serait-ce le rationalisme ambiant ? Le triomphe du sacro-saint travail sur la créativité que nous pistons toute notre vie, au détour d’un rêve d’enfant effeuillé, défloré ?

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Commençons par plonger aux racines de cette expression.

Que désigne réellement l’inspiration ?

Lorsque j’étais en hypokhâgne, nous avions beaucoup travaillé sur ces notions opposées de travail et d’inspiration. Je me souviens d’ailleurs très bien de la toute première dissertation de français de cette année extraordinaire, par un frais samedi matin. A dire vrai, je me souviens surtout de la note – qui, je vous l’assure, ne vaut pas la peine d’être mentionnée ici ; mais c’est le jeu, quand on arrive en prépa… Chuter, très bas, se relever, gravir la montagne en s’écorchant les mains et les genoux, autant fois que nécessaire.

Travail. Inspiration. De tous temps, les auteurs se sont disputés autour de ces deux notions. Alors que les antiques célébraient les vertus de l’insaisissable inspiration, don des dieux, bien des modernes cartésiens sont revenus par la suite de cette conception du monde. On imagine fort bien Flaubert, adepte du style irréprochable et du travail, jeter des regards méprisants en direction d’Homère ou d’Hésiode, qui débutaient toutes leurs œuvres par des invocations aux Muses… A l’inverse, qu’auraient pensé les auteurs de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay (qui reconnaissaient cependant la valeur du travail sur la langue), pour ne citer que les principaux, fervents défenseurs des Muses, des thèses de Paul Valéry ? Nous dirons, pour être poli, que l’inspiration lui inspirait un certain mépris.

Être inspiré, c’était être touché par le dieu, soit être dans un état d’enthousiasme (du grec ἐνθουσιασμός) : littéralement : être possédé par θεός, le dieu. En théorie, si vous vous écriez soudain « Ça y est, j’ai retrouvé l’inspiration !! » et que vous vous mettez à écrire comme un fou au clavier, les mots s’enchaînant les uns aux autres avec une cohérence incroyable, c’est…parce qu’un dieu, un esprit, une Muse, qui sait, se tient derrière vous et vous souffle à l’oreille que dire et que faire.

Sauf que vous êtes tout seul devant votre ordinateur, que vous avez froid aux pieds et que vous mourez de soif, là-maintenant – et que la Muse du coin n’est pas trop le genre à vous faire du café… Dommage.

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Le monde est vraiment injuste.

Il y a ceux qui seraient en contact avec d’autres dimensions. Certains qui se prétendraient inspirés par des proches disparus. Je passerai sur les récits mystiques de Yogis qui ont réveillé leur Kundalini (n.d.a : la force vitale de chaque personne, qui dort enroulée comme un serpent, au bas de la colonne vertébrale, au niveau de Muladhara Chakra, le chakra-racine.) et ont soudainement accédé à une manne d’informations, maîtrisé des dizaines de langues, et sont mystérieusement devenus des poètes du jour au lendemain. Après tout, inspiration ou pas, elle est synonyme de croyance.

Parce que vous, vous n’arrivez à rien.

Pour autant, peut-on dire de l’écriture qu’elle est uniquement affaire de travail ? Là, serait-ce juste cela ? Suer sur sa feuille, pleurer, s’écorcher les doigts et les mains, s’user les nerfs et les yeux ?

Le travail, merci l’étymologie, provient du latin tripalium ; et tripalium signifie torture. Bon, vous qui écrivez, est-ce que sortir ce chapitre est franchement une tripalium – une torture ? Si c’était de la torture, je pense que vous ne revendiqueriez pas l’écriture comme étant votre passion. Ou vous avez de la passion une bien drôle de définition. Ce qui ne regarde que vous, cela-dit…

Et si notre Muse (oui, vous savez, celle qui refuse de vous faire du café et qui bosse à mi-temps pour vous – et encore, elle est très souvent malade, ces derniers temps. Réfléchissez-bien, je suis sûre que vous voyez de qui je parle…), c’était nous-mêmes ?

Non, reposez ces rideaux immédiatement, l’idée n’est pas de se draper dans une toge et d’égrener quelques notes sur une lyre. Venez par ici que je vous explique un peu…

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Notre Muse, c’est nous-mêmes, tout simplement parce que la source de notre inspiration se trouve en nous.

Je sais que quantité d’auteurs postulent que l’inspiration telle que l’entendaient les Anciens est un phénomène probable (par le biais d’une sorte de grande conscience collective qui dépasse notre petit égo, un genre d’inconscient universel, si vous voulez. Elizabeth Gilbert – dont vous pouvez retrouver des interviews sur Tedx – avait développé cette idée, me semblait-il, dans un numéro de Happinez que j’avais lu, et il y a d’autres auteurs qui pensent ainsi ! Voire des scientifiques). Sans renier cela (chacun est libre de penser ce qu’il veut), j’aurais plutôt tendance à penser que tout se trouve en nous. L’Alpha et l’Oméga de notre créativité trouve sa source à la fontaine de nos expériences de vie.

Ecriture automatique, rêves, journaux intimes, associations de mots, idées qui jaillissent à l’improviste, exactement quand il ne faut pas (au lieu de ranger ces dossiers merveilleux, par exemple, ou de remplir votre déclaration de revenu fiscal… Le cerveau, ce sacré petit procrastineur…), et j’en passe. Non, il n’y a rien de magique dans toutes ces techniques. Elles puisent au plus profond de vos propres ressources, celles que vous oubliez d’exploiter, pris par le tourbillon de la vie. Et qu’ont-elles en commun ? Elles stimulent l’hémisphère droit de votre cerveau, relié à la créativité et à l’innovation, plutôt que le gauche, que nous utilisons en permanence – pour penser, juger, analyser, décortiquer. Quand le premier voit le tableau dans son ensemble, le second a tendance à tout voir selon un angle de vue restreint… Souvent celui de l’habitude, d’ailleurs.

Et puis il y a ceux qui n’ont jamais de problème. Toujours frais comme des fleurs des champs, tellement d’idées qu’ils ne peuvent pas toutes les exploiter… Leur Muse est bien vivante et bien active. A vrai dire, vous avez déjà considéré la kidnapper, mais sans jamais réussir… Oui, le monde est injuste, car nous ne sommes pas tous égaux au niveau de l’inspiration et des idées – a priori.

Justement, les techniques citées plus haut vous libèrent des limites de votre psyché, celles de l’éducation, de la raison, des inhibitions qu’on vous a imposées par couches successives depuis l’enfance. Vous créez de nouvelles connexions neuronales…

Si vous ne lui laissez pas de place pour qu’elle s’exprime, comment votre créativité peut-elle s’épanouir à travers vos œuvres et dans votre vie ? Si vous êtes quelqu’un de très logique, de très cérébral et d’organisé, qui a du mal à laisser place à l’imprévu, ou le regrette aussitôt, ne vous étonnez plus que la flamme que vous aviez pour vos projets s’éteigne aussi vite. Vous vous brimez.

Ou, du moins, la société ne vous a jamais appris à faire que cela : vous brimer, rentrer ce que vous avez d’unique et d’original en vous.

Mais vous savez quoi ?

C’est réversible. L’enfant qui inventait des histoires à partir d’une poignée de cailloux et imaginait des châteaux dans une fourmilière existe toujours. Il joue à cache-cache derrière des piles de concepts et de pensées abstraites. Mais laissez-lui le temps, acceptez de fermer les yeux et de compter jusqu’à dix, prêtez-vous à son jeu…et soudain, prunelles immenses, fossettes au creux des joues et jus de baies au coin des lèvres, il se retrouvera face à vous. Le tout sera alors de ne pas l’effaroucher…

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Vos émerveillements d’enfant, vos premières vacances, ce chaton qui est arrivé à la maison quand vous aviez cinq ans, le jour où vous avez cru rencontrer le prince charmant (vous aviez sept ans, et pas toutes vos dents…), la perte de votre meilleur ami, ces expériences simples, courir dans les champs, manger une part de tarte aux mirabelles préparée par maman, ce temps où tout semblait grandiose… que voilà des trésors ! Souvenez-vous du bonheur simple que vous trouviez dans ces choses, sommes toutes, banales. Insufflez à votre écriture le souffle épique de ces instants, les émotions sans taches, pures et puissantes, que vous éprouviez alors…

Soudain, le miracle a eu lieu. Vos pieds sont toujours froids, vous avez toujours aussi soif, mais…que s’est-il passé ? Cela ne vous fait plus rien.

En fin de compte, vous n’êtes plus seul. Vous les sentez presque : deux mains diaphanes et tièdes, posées sur vos épaules, une chevelure lustrée qui s’enroule et s’emmêle à la vôtre, et cette voix, une ambroisie qui irrigue votre cerveau… La Muse est là. De crainte de l’effaroucher, vous n’osez bouger. Seules vos mains continuent de pianoter en rythme sur le clavier, et vous vous autorisez un petit sourire.

Evidemment, ce n’est pas le genre de chose que vous pourrez raconter à n’importe qui. Peut-être que votre propre mère vous regarderait bizarrement. Sans doute votre compagnon s’amuserait-il à vous charrier sans fin à propos de la Muse imaginaire. Mais, quand bien même ? Vous savez ce que vous avez vu – et senti.

La Muse est en vous. Laissez-la sortir, et des miracles pourront s’accomplir…

Vous écrivez sous la diction de la Muse ? La Muse de vos propres idées et de vos mondes intérieurs ? Eh bien, n’êtes-vous pas en train de travailler ? Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’effort apparent et que vous n’êtes pas en train de lutter pour enfanter chaque phrase que vous ne travaillez pas. Prenez plaisir à ce que vous faites. Laissez couler. Laissez venir…

Voilà comment on pourrait réconcilier inspiration et travail – les deux facettes de l’art de l’écrivain, dans le fond…

Contes & histoires, Lectures, Projets de roman(s), Réflexion

Ecrire à la main clarifie la pensée

Plutôt plume ou clavier ?

Une question qui ne se discute pas : à chacun sa sensibilité.

La lumière de l’écran et le « tap-tap » de vos doigts sur le clavier ou bien le crissement du stylo contre le papier : des sons ô combien rassurants quand on plonge dans les mondes de l’imaginaire ! Les uns disent que les idées coulent plus librement au fil de la plume ; d’autres ont besoin du recul que leur offre la page Word déployée devant eux. Aucune méthode ne se critique ! De toute façon, il faut bien passer par un ordinateur pour (re)taper ses textes, si l’on a la moindre prétention de les envoyer à une maison d’édition, ou tout simplement à des amis.

Rassurez-vous, cet article ne se revendique pas comme un plaidoyer anti-technologie !

Pourtant, la plume a largement ma préférence sur l’ordinateur. Le charme de sentir le poignet travailler et la main former les lettres, la couleur somptueuse de l’encre et la sobriété du papier. Guère besoin d’équipement encombrant : juste son petit carnet, quelques feuilles et un stylo (VOTRE stylo, celui, vous savez, qui ne vous quitte plus depuis des années, avec lequel vous avez passé tous vos examens, dont la seule idée de le perdre vous rend soudain maussade, triste ou malade d’angoisse…) et les phrases qui s’enfilent comme les perles sur un collier, dans un train, sur le coin d’une table, au café ou dans votre chambre. Couché, assis, débout ? Toutes les fantaisies sont permises !

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Pour être honnête, je trouve que le fait d’écrire sur papier a un charme redoutable et quelque peu désuet. C’est aussi doux et romantique qu’une journée aux champs, au milieu des fleurs sauvages. Et voilà que les paysages et les lumières de la campagne anglaise défilent devant mes yeux ; je revois les images de Bright Star et de l’idylle tendrement nouée entre John Keats et Fanny Browne, leurs mains qui se nouent dans l’air scintillant… BREF. (promis, j’arrête avec les images de ce film…)

John Keats:

Savez-vous qu’écrire à la main permet de mieux former sa pensée ? Vos mains symbolisent votre intention et votre potentiel créateur. Elles aident à construire votre réflexion et votre récit ; les mots et les scènes conçues par votre imaginaire prennent vie dans votre réalité ! Et tout cela grâce à cette mimine que vous serrez autour de votre tasse de thé (ce n’est pas un reproche, c’est très bien de siroter un thé en lisant ♥) ou avez posée nonchalamment sur la souris. En effet, le fait d’écrire stimule plusieurs zones de votre cerveau impliquées dans l’apprentissage et la création : le cortex moteur et le cortex somato-sensoriel. Tout à fait normal, me direz-vous, mais savez-vous que le fait de taper un texte à l’ordinateur n’a pas les mêmes effets sur votre cerveau ? On peut dire que l’écriture manuelle fait appel à vos mouvements et à vos sensations ; et n’est-ce pas ce que vous cherchez à communiquer à un lecteur ? (surtout si vous donnez dans l’épique, la fantasy, et que vos personnages ont une fâcheuse propension à se défier de la pointe du mousquet)

 my pen exploded... by Horace-Bulregard

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Au-delà de ces considérations, écrire à la main a un côté tendre et un peu secret. C’est drôle, j’ignore à quoi vous ressemblez, lecteur, mais je vous imagine avec un carnet à la main, l’air rêveur ; vous pressez ce feuillet empli de vos songeries et de vos histoires contre votre cœur. Elles sont là, elles vivent tout contre vous, tracées par votre main… Vous pouvez humer le papier, enluminer les marges, vous permettre de petites fantaisies touchantes, des étoiles sur les i, pourquoi pas ? Voilà qui est autrement plus personnel que cette page blanche de Word, que tous ceux qui écrivent pour leur travail ou leurs projets personnels, contemplent chaque jour. Une feuille a un vécu ; elle fût arbre, et elle est aujourd’hui l’outil et la matière principale de votre création. ♥

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Vous l’aurez deviné, je préfère largement écrire à la main.

Ma méthode n’a rien d’exemplaire, mais elle me convient tout à fait : après avoir écrit d’un trait le premier jet à la main (souvent en cours, d’ailleurs…), je le tape à l’ordinateur, au propre. Cette phase me permet de redécouvrir mon récit d’un œil neuf : quelles tournures de phrase sont à améliorer, quelles scènes à retravailler… En général, je ne change pas grand-chose, sauf si j’en ai l’inspiration et l’envie sur le moment, mais je NOTE sur le fichier Word quels changements et dans quel sens (ré)orienter les péripéties. Une fois le gros bébé entièrement rédigé sous Word, commence la phase la plus merveilleuse boring (en vrai, j’adore ça) : j’ai nommé : relecture et corrections !

Parfois, je laisse un peu de temps s’écouler entre le moment où j’ai tapé le récit et le moment où je le relis. Cela permet d’avoir du recul et d’avoir laissé le cerveau travailler à certains points. Souvent, j’ouvre mon fichier Word et m’écris « Eurekâ ! » face à certains passages qui m’avaient posé difficulté quelques semaines auparavant…

Mais, oui, ces moments à écrire dans ma chambre, avec une jolie musique et de l’encens, sont absolument précieux. Je ne sais pas vous, mais je ne retrouve pas toujours le même plaisir devant l’ordinateur…

Et vous ? Comment concevez-vous l’écriture ?