Beauté, Développement personnel, Réflexion

Ayurveda – le chemin du bonheur

Ceux qui me connaissent m’ont souvent entendu prononcer ce mot : Ayurveda. Et parce que beaucoup ont été curieux de savoir ce que désignait ce terme, j’ai pensé qu’écrire un petit article à ce sujet ne serait pas une mauvaise idée ♥

Ayurveda en sanskrit signifie « science de la vie ». S’intéresser à l’Ayurveda, une des plus anciennes médecines de l’humanité, c’est faire une plongée au cœur de la vie et de son essentiel. Comprendre qu’être en bonne santé, c’est potentialiser son capital de bonheur, de beauté et d’énergie ; et ne sont-ce pas les choses les plus importantes dans une vie ?

sun-2571158_960_720

J’ai découvert l’Ayurveda à seize ans, un peu par hasard, sur des paquets de tisane de la marque Yogi Tea. Sur chaque boîte, on trouvait annotés ces mystérieux symboles, couplés à des « – » ou à des « + » : V, P, K. Pour moi, il s’agissait ni plus ni moins d’une sorte d’équation ésotérique. A chaque fois que je les voyais, au moment de m’emparer de ma tisane, je fronçais les sourcils, perplexe. Des maths sur ma tisane ?

L’Ayurvéda travaille beaucoup à partir des tempéraments. Postulant que toute chose dans l’univers est constituée de cinq éléments (éther, air, feu, eau et terre), cette médecine millénaire part du principe que les hommes sont pareillement faits de proportions variables de ces cinq éléments. Chaque personne possède donc une constitution de naissance (qu’on nomme Prakriti) qui lui est propre. Elle va définir ses caractéristiques physiologiques et mentaux, régir son métabolisme, le prédisposer à certaines maladies plus qu’à d’autres, mais aussi lui donner les clefs pour vivre au mieux avec lui-même.

leaf-2562369_960_720

Les mystérieux V, P et K de mes paquets de tisane sont les initiales de Vata (air + éther), Pitta (feu + eau) et Kapha (eau + terre), les noms des trois constitutions principales (qu’on nomme les Doshas) qu’on trouve en Ayurvéda. Évidemment, chaque individu est différent et aura plus ou moins de caractéristiques de Vata, Pitta ou Kapha. Ce n’est pas le fait d’être plutôt Vata ou plutôt Kapha qui nous définit, mais bel et bien la proportion dans laquelle les éléments se manifestent en nous.

Par exemple, une personnalité Vata (combinaison air + éther) sera définie comme aérienne, versatile et changeante comme le vent, quand elle bénéficiera d’une morphologie délicate, raffinée et légère. Quelqu’un qui aura une dominante Pitta (feu + eau) aura un excellent métabolisme, doublé d’une digestion à toute épreuve ; ces individus ont un tempérament de leader et sont prompts à la colère, comme le feu. Kapha, la dernière des constitutions (eau + terre) concerne des individus plutôt pragmatiques ; ils sont calmes et attentifs aux autres personnes ; maternels et toujours prêts au dialogue, ils ont un physique un peu plus lourd et une musculature très développée. Les Kapha font les meilleurs des athlètes.

Parce que chaque personne est différente, il est rare d’être un pur Vata, un pur Pitta ou un pur Kapha. Bien souvent notre constitution est mixte : c’est-à-dire que l’on possède des caractéristiques de plusieurs Doshas, dans des proportions qui nous sont propres. Certaines personnes ont également un équilibre parfait entre Vata – Pitta – Kapha. Cette conformation dite tridoshique est extrêmement rare, mais donne des individus très équilibrés. Cela dit, il n’y a pas de constitution « idéale ».

En Ayurvéda, on travaille majoritairement à partir des constitutions des personnes pour optimiser leur santé. La santé résulte d’un équilibre des éléments et de sa propre constitution ; travailler sur sa soi exige de compenser les déséquilibres inhérents à sa constitution et à sa nature. Par exemple, les individus Vata ont souvent des problèmes d’ancrage ; les pensées dans tous les sens, ils souffrent d’insomnie ou d’anxiété quand ils sont déséquilibrés. Au niveau physique, cela se manifeste par de la maigreur ou des problèmes articulaires. Les Pitta peuvent souffrir de violentes crises de colère, contracter des ulcères, ou avoir des inflammations. Les Kapha, quant à eux, sont plutôt prédisposés à l’obésité, à l’accumulation de mucus, qui peut générer des troubles bronchiques et entraîner de l’asthme.

buffet-315691_960_720

A travers une alimentation saine et un style de vie personnalisé (gestion du stress, exercice physique, massages, pensée positive…), la personne est prise en charge dans sa globalité. Le patient est impliqué dans la gestion de sa santé et apprend à véritablement agir sur son bien-être. Science de prévention des maladies, l’Ayurveda permet à l’individu de vivre le plus longtemps possible dans les meilleures conditions et dans le meilleur état de santé qui soit.

IMG_2371.JPG

Faire connaissance avec l’Ayurveda consiste donc à apprendre à vivre avec soi, en bonne intelligence, et dans le respect de son individualité.

J’espère que ce petit article, même s’il  donne de cette science millénaire une approche très (très !) schématique, vous aura donné envie d’en apprendre plus – sachant que l’Ayurveda est une véritable médecine.

Tendrement vôtre,

Eve ♥

IMG_1920.JPG

Publicités
Développement personnel, Réflexion

Renaissance(s)

Depuis quelques semaines, je vis au présent, uniquement au présent. Le fameux instant présent, ce fragment d’éternité, la promesse de tout le bonheur du monde. Tout le monde en parle, si bien qu’il en semble presque banal. Chaque jour a acquis la substance d’une semaine entière ; je me lève le matin à la conquête d’une aventure nouvelle. J’ignore ce que l’heure prochaine me réservera ; je ne sais quand j’irai me coucher, à quel moment je déciderai de me lever, de quoi seront faits mes matins et mes après-midis.

Cela m’a ramené quelques années plus tôt, lorsque je me suis réveillée d’une longue maladie, que j’ai cligné des paupières, et qu’il m’a semblé voir le monde pour la première fois – toutes les couleurs brillaient avec une intensité surprenante ; les parfums, les odeurs et les saveurs me semblaient incroyables de sensualité. J’avais quinze ans, et l’impression que je vivais, vraiment, pour la première fois de mon existence. Au cours de l’hiver, j’avais tout brûlé, tout consumé, et certains craignaient que l’oiseau y laisse toutes ses plumes. Au lieu de quoi, j’ai décidé de me ressaisir. J’ai découvert que tout être était un peu phénix, au fond de lui, et pouvait renaître de ses cendres.

IMG_2073

La deuxième renaissance, je l’ai vécue lorsque, en mars dernier, j’ai accepté de laisser sortir mon cœur de sa coquille.

L’hiver avait été noir, assombri par la maladie et la souffrance de ma mère, la fatigue et des responsabilités nouvelles. En février, j’étais exsangue d’avoir trop vécu et d’avoir trop éprouvé. J’étais seule. J’avais besoin d’un soutien que je me refusais, en m’enfermant dans un isolement affectif presque total.

IMG_0439

Juste comme je fêtais le premier anniversaire de La Couleur de la Magie, le 9 février, et comme j’angoissais de me retrouver sans rien, sans projet d’écriture, Argyll et Declan sont arrivés. Là. Au milieu des salles glacées d’un temple, un amour interdit, un amour dangereux, une histoire improbable. En quelques jours, j’étais tombée amoureuse d’un roman. J’ai vécu une relation très fusionnelle avec cette histoire. J’y pensais sans cesse ; elle hantait mes nuits, faisait battre mon cœur, quand elle n’exigeait pas de moi des réveils précoces, bien avant l’aube. Pendant trois semaines, j’ai vécu au rythme propre de cette aventure. Et quand elle s’est achevée, quelques jours après l’équinoxe du printemps, je me suis retrouvée, un peu vide, un peu épuisée, un peu désorientée, à regarder la vie d’un autre œil. A travers mes personnages, j’avais connu l’amour, la sensualité, la passion, la maladie et la mort ; et le quotidien me semblait soudain d’une banalité affligeante. Il fallait que je porte le deuil de ce qui m’avait transfigurée, illuminée et animée de l’intérieur. Je m’y suis longtemps refusée. Passer de tout – la vie – à rien, c’était trop difficile. J’ai joué à l’équilibriste et dansé sur un fil, sans véritable nouveau projet, incapable d’abandonner celui-ci. J’en suis presque tombée malade. En particulier, je me souviens d’une après-midi au jardin botanique, où j’ai commencé à frissonner au soleil, à sentir mon corps et mes membres être parcourus de fourmillements ; je ne parvenais plus à avancer sans avoir l’impression que j’allais tourner de l’œil. Autant dire que j’ai eu très peur. Ce soir-là, je me suis effondrée sur mon tapis de yoga avec un bol-doudou et une tisane, et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Enroulée dans un plaid, je me suis endormie très tôt, le corps et l’esprit exténués.

Mon organisme a exigé son tribut de repos, de nourritures affectives et de considération. Je suis tombée malade d’avoir trop donné – à une histoire.

IMG_1926

Pourquoi parler de renaissance malgré tout ? Parce qu’un événement (en l’occurrence, ce roman) avait chamboulé ma vie ; une voix criait en moi, avec le printemps qui épanouissait ses fleurs : « Il est temps de vivre, petite Eve, temps de laisser tomber les barrières pour faire corps avec l’existence. »

C’était une période étrange, une époque de transition et de transformation. Je marchais de longues heures durant, dans la nature, dans la ville ; et je pensais. A la vie. Au sens potentiel de l’existence. A ce que je voulais et ne voulais pas faire de tout ce temps qui m’était imparti. A la mort. A la maladie, un peu, qui vient chambouler tous nos projets et bouleverser qui nous sommes. Et au milieu de tout cela, une intuition, une intuition formidable et merveilleuse venait me réconforter dans les pires moments. Je sentais, confusément, qu’il allait se passer quelque chose de beau et d’un peu magique. Quoi, je l’ignorais, mais mon instinct palpitait de joie et d’allégresse à l’idée de l’avenir.

L’anorexie et un roman : deux renaissances, parce qu’elles m’ont apprise d’autres manières d’être vivante, de puiser dans mes capacités et m’ont enseigné d’autres points de vue sur l’existence. A quinze ans, je me voyais comme une guerrière – parce que la malade, c’était moi, et qu’il me fallait surmonter mes propres démons. J’étais ma pire ennemie. A vingt ans, j’ai compris que j’avais été malade de mon propre désamour pour moi-même. Je crois avoir saisi que j’étais ma meilleure amie et ma meilleure alliée – même s’il me reste maintenant à l’intégrer.

IMG_1835

Je ne sais pourquoi j’ai repensé à tout cela. Peut-être parce que les longues heures brumeuses du voyage de retour de la baie de Somme m’ont offert un luxe que je dédaignais depuis des mois et des mois, bien que j’en ai eu un cruel besoin : me poser. Juste me poser, ne rien faire, avec de la musique dans les oreilles, les mains sur les genoux et le regard flottant sur les merveilles offertes par le paysage des Ardennes belges. Me poser, penser, digérer, métaboliser les événements des jours, des semaines, des mois précédents.

Regarder un peu le chemin parcouru.

Celui qui reste à parcourir. Sourire à la Eve d’autrefois.

Se poser, pour mieux replonger dans le tourbillon de la vie. Les runes me l’ont pourtant mille fois dit ; et, mille fois, j’ai dédaigné ce conseil.

Deux renaissances… C’était à chaque fois le début de quelque chose de beau et de neuf – même si j’ignorais jusqu’où cela me mènerait.

Oui, j’ignorais, en ce jour gris du 28 février 2017, que tout cela n’était que le prélude d’un été un peu magique, un peu fou, complètement incroyable.

Au fond de nous tous, gît un phénix, un oiseau aux ailes de flammes, qui n’attend que les circonstances propices pour s’éveiller.

IMG_0213

Contes & histoires, Développement personnel, Lectures, Réflexion

Les huit commandements de l’auteur heureux et productif

Pourquoi est-ce que ce maudit projet n’avance pas ? Vous avez le scénario en tête, des pages et des pages de notes préparatoires. Ce n’est même pas le temps qui vous manque ; si vous étiez de bonne foi, vous sauriez qu’au lieu de traîner trois heures par jour sur Internet, vous pourriez écrire davantage et vous sentir plus satisfait. La vérité, c’est que vous persistez à vous fuir. Pourquoi ? Pourquoi tout processus créatif est-il si douloureux et nous met face à mille craintes qui ressortent soudain : suis-je doué ? Est-ce que ce ne sera pas du temps perdu ? Quelle est ma légitimité pour écrire une histoire/nouvelle/roman ?

Et, pire que tout : à quoi bon ?

Je ne prétends pas répondre à ces questions, lesquelles ont forcément une réponse personnelle (en tout cas, sachez que tout Art, quel qu’il soit, vaut la peine d’être déployé. C’est votre moyen d’expression, votre manière d’être au monde ; n’ayez pas honte de prendre du temps pour vous et pour vous exprimer !), mais voici quelques humbles conseils pour éviter les écueils de l’écrivain torturé qui se fuit lui-même – parce qu’il se juge sans cesse.

writing-923882_960_720

Voici 8 les commandements de l’auteur productif et heureux !

 

A chaud, tu ne te reliras point :

Vous venez d’écrire deux pages sous le coup d’une brusque flambée d’inspiration. A priori, vous êtes plutôt content de la moisson du jour…jusqu’à ce que vous vous relisiez. Vous grimacez. Bon sang, mais qu’est-ce que cette tournure est mauvaise… Cette phrase ne veut rien dire. Le manque de vocabulaire vous afflige. Vous pataugez dans un marécage d’expressions sans queue ni tête. Et soudain, tous vos efforts se retrouvent engloutis sous une vague de découragement. A quoi bon l’inspiration, si tout ce que vous écrivez est aussi mauvais ?

C’est ce que j’appelle le piège de la relecture. Nous y sommes tous soumis, je pense, à des degrés divers. Et il n’y a rien de pire pour la confiance en soi qu’une relecture qui vous décourage de l’écriture… Votre esprit critique s’empare du moindre défaut, qu’il grossit démesurément.

Nous ne sommes jamais plus mauvais juges qu’à chaud, directement après l’écriture d’un passage. Au lieu de nous laisser aller à la critique impitoyable, mieux vaut laisser tomber la relecture, rester sur notre première impression (la meilleure, celle que nous avions pendant que nous écrivions) et laisser passer un peu de temps ; idéalement quelques jours. Le mieux serait presque d’enterrer le texte. Et d’y revenir après l’avoir pour ainsi dire oublié – avec un regard neuf. Ainsi, vous serez constructif, et non piégé par des critiques contre-évolutives.

Tu ne te jugeras point :

Nous avons tous des mentors en écriture, plus ou moins assumés. Si vous voulez tout savoir, les miens se nomment Barjavel, Oscar Wilde et Charlotte Brontë. Nous avons tous des idoles, des auteurs dont nous jalousons un peu le style et la tournure aisée… Le piège est le suivant : vouloir se comparer aux grands auteurs. En comparaison de leur maîtrise de l’écriture, nos propres productions apparaissent soudain bien pâles. C’est le malaise, la honte, le découragement. A quoi bon écrire si on n’est pas Victor Hugo ?

(comme il n’y a eu qu’un seul Victor Hugo, plus personne ne devrait plus jamais rien écrire. Imaginez, avant lui, que Victor Hugo se soit désespéré de ne pas égaler le génie de Virgile et qu’il n’ait jamais rien produit… ?)

Justement, vous n’êtes pas Victor Hugo : vous êtes vous. Et c’est tant mieux. Source d’inspiration plus que source de malaise, nos mentors en écriture ne devraient jamais nous complexer.

old-books-436498_960_720

Le critique intérieur tu renverras :

Même combat. La petite voix insidieuse qui soupire en vous que vous manquez de talent et qui vous bride… Appelez-le comme vous voulez, je le surnomme pour ma part « le critique intérieur ». En l’occurrence, je trouve que l’expression s’applique très bien à la situation. Il s’agit de cette instance de votre être qui commente tout ce que vous accomplissez, souvent sans une ombre de bienveillance (et sans objectivité non plus…). Au lieu de vous servir, ses remarques vous découragent et vous détournent de votre tâche. Parce que nous y sommes toujours vulnérables, parce qu’on n’y est jamais complètement immunisés, parce qu’il y a des jours où il reprend le dessus, écrivez sur un post-it de votre bureau, en lettres capitales : VOUS N’ÊTES PAS VOS PENSEES. Imprimez-le. Faites-vous-en un mantra. Chantez-le sur tous les tons… Le critique intérieur ne devrait jamais triompher, justement parce que…il ne vous sert à rien. La critique d’un ami, les reprises d’un bêta-lecteur : elles sont précieuses. Mais les geignements incessants de cette petite voix qui vous fait douter de tout, à commencer par vous… Non !

letters-2111537_960_720

La page blanche ta meilleure amie sera :

Ah, la fameuse page blanche. Quintessence du vide, de la peur de n’être plus bon à rien, de ne plus savoir qu’écrire, d’avoir le poignet rouillé, de… Ah, ça vous dit quelque chose ?

Nous avons tous des moments de passage à vide. Où rien ne vient. La tension monte. Les phrases raturées s’enchaînent les unes aux autres. L’esprit s’emballe. Pourquoi est-ce que j’écris, au fait ? Qu’est-ce que je fais-là ? Et si je n’y arrivais plus jamais ? Et si… Stop.

Et si cette brave page blanche devenait votre meilleure amie ? Rien ne vient ? Quelque chose vous bloque. Ou alors, la scène que vous voulez écrire refuse de se matérialiser sur le papier. Très bien. Partant du principe que le vide est fécond, détournons cette maxime bouddhiste à notre avantage. Revenez aux basiques. Laissez tout tomber, sortez inhaler quelques bouffées d’air frais puis, la plume comme l’emblème d’un guerrier des mots, reprenez votre poste.

Ecrivez tout autre chose. En général, quand on n’arrive à rien, c’est qu’on se bloque soi-même. Pour ce faire, rien de tel que l’écriture au fil de la plume. Ecrivez tout ce qui vous vient à l’esprit qui pourrait faire suite à ce début d’histoire, le plus basique et le plus ouverte possible : « Alors que vous vous promenez dans la forêt, vous entendez soudain des sanglots. Vous vous approchez pour découvrir… » Et laissez parler l’imagination, sans prise de bec avec vous-même ou votre critique stylistique intérieur. Juste laissez couler.

D’ici un quart d’heure, vous vous serez sans doute débloqué et pourrez peut-être envisager la scène qui vous bloquait avec un œil nouveau, reposé.

Tu ne te disperseras point :

Ah, Internet. Les mille onglets ouverts. Les stimulations permanentes. Les notifications qui s’enchaînent. Les sms. Le téléphone qui sonne. Le chien qui vous supplie de sortir… Les tentations pour vous détourner de votre chemin d’auteur sont innombrables. Le péril est d’y céder, trop souvent, trop fréquemment. Vous pensez que votre cerveau peut assumer plusieurs tâches à la fois, répondre au téléphone, écouter de la musique, discuter avec untel et rédiger telle ou telle scène en même temps. En vérité, il ne cesse de sauter d’une activité à l’autre. Résultat : vos pensées défilent, se mélangent, vous manquez de concentration. Votre cerveau déteste ça. Et comme cette scène ne vous emballe pas des masses, vous partez discutailler avec untel à la place. Résultat ? Vous avez écrit 30min sur les deux heures initialement prévues. Pas très bon pour l’estime de soi, ça non plus. Si vous voulez être efficace et au meilleur de vos capacités, il est important de vous mettre à écrire et rien qu’à écrire pendant un temps consacré à cela. Si c’est une demi-heure, tenez-vous-y. Deux heures aussi. Plongez dans le texte, immergez-vous dans les mots. Vivez ce que vous écrivez. Et si le critique intérieur frappe à votre porte, renvoyez-le comme vous le feriez d’un démarcheur téléphonique.

book-2325624_960_720

L’inspiration tu revaloriseras :

Voilà un parti pris de ma part, sans doute, mais je pense que l’écriture sans une part de folie, d’inspiration, de quelque chose de créatif et d’un peu inexplicable, ressemble à un gâteau au chocolat sans chocolat. Il manque quelque chose ; vous vous demandez quoi (un peu, beaucoup, passionnément, à la folie), mais vous mangez quand même. Je pense qu’on ne peut pas tout contrôler, dans le processus d’écriture. J’en parlais dans un article sur le flow, mais si vous tentez de tout maîtriser, vous passerez à côté de l’essentiel. De temps en temps, pratiquez en vous détachant de vos notes, laissez-vous transporter ou surprendre au détour d’une phrase… Ré-enchantez votre pratique !

Du plaisir tu y prendras :

Tout est dit, non ? Jouez avec les mots ! Jouez avec vos personnages ! Peaufinez votre histoire et votre monde ! Si votre pratique est un jeu, vous ne vous ennuierez jamais. Tant que vous êtes passionné, vous risquez moins de souffrir d’un manque d’inspiration. Une scène vous ennuie ? Essayez de la voir sous un jour nouveau. Envisagez-la autrement. Amusez-vous avec les clichés !

adult-2242164_960_720

Se jeter dans les mots tu devras :

La première phrase, celle qui déterminera du reste de votre texte… Vous passez des heures à la chercher, à la faire aussi parfaite que possible… Les ébauches s’accumulent avec les ratures. Rien à faire, elle ne vous satisfait pas.

Je crois qu’en matière d’écriture, il faut se résigner à l’imperfection du début, jusqu’à la fin. Comme les premiers chapitres d’un roman sont ceux qu’on retouche le plus, les premières lignes d’un texte sont pareillement soumises à la merci de vos critiques. Soyez doux avec vous-même. Ne vous focalisez pas trop là-dessus ; de toute manière, vous y reviendrez, à ce début. Alors, plongez dans le texte. Le début étant susceptible d’évoluer avec l’histoire/le texte, faites-vous violence pour n’y revenir qu’à la fin du chapitre. Là, vous saurez vraiment où vous souhaitez en venir ; vos corrections et retouches seront alors efficaces.

Si vous avez du mal avec les débuts, un conseil qui est une méthode partagée par pas mal d’auteurs : sautez à pieds joints dans une scène. Dispute, conversation, voyage… Laissez les impressions se déployer autour de vous et planter le décor.

 

Voilà, j’espère que ces petits « commandements » vous auront plu/éclairé de la lumière de votre muse !

En attendant, je vous souhaite à tous une délicieuse soirée ♥

Tendrement vôtre,

Eve.

Contes & histoires, Développement personnel, Réflexion

L’art du flow dans l’écriture

Lorsqu’on écrit, on explore ses mondes intérieurs, on crée une réalité qui n’appartient d’abord qu’à nous. On la met au monde ; et, alors, libre à nous de la partager (ou non), avec des lecteurs. A partir du moment où les mots ont été déposés dans leur écrin de papier, ils ne nous appartiennent déjà plus vraiment. Je ne sais pas si vous avez déjà éprouvé cette sensation, vous qui créez ou écrivez : au bout d’un moment, vous faites corps avec votre stylo, votre pinceau, ou votre outil. Votre conscience et votre volonté se dérobent ; les personnages prennent consistance. Soudain, ce sont eux qui décident de leurs actes à votre place, et vous les observez évoluer, un peu surpris de ce que votre esprit a enfanté.

Cet état dans lequel l’esprit s’efface, d’heureuse communion avec la tâche que l’on effectue, porte un nom ; la psychologie positive l’a nommé le « flow ». A ne pas confondre avec le « stream of consciousness » (parfois appelé « flow » ou « flood of consciousness ») ! Cette technique littéraire popularisée par Virginia Woolf ou James Joyce consiste, dans un récit, à adopter un point de vue interne qui se veut la retranscription fidèle de toutes les pensées et états d’âme qui absorbent un personnage.

Qu’est-ce le flow ?

Non, le flow est un état découvert par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi (à vos souhaits). Pour la petite histoire, ce terme est apparu en 1975, suite à des recherches menées par le professeur sur la créativité. Décrit comme le sentiment de se laisser porter « par une rivière », le flow exprime cette capacité à s’immerger complètement dans une activité. Joie de vivre, expérience suprême, concentration intense, sentiment d’accomplissement, distorsion de la perception du temps… Voilà quelques termes utilisés pour qualifier le flow. Toutes les ruminations disparaissent ; vous laissez une énergie douce mais puissante vous porter, et la créativité afflue alors en vous.

Les personnes qui parviennent le plus souvent à susciter cet état quasi-méditatif disent retirer plus de satisfaction de leur vie de tous les jours. En instaurant un sain détachement avec leurs pensées, elles parviennent à se libérer des schémas de pensées négatives ou des vieilles habitudes obsolètes. Aide thérapeutique contre la dépression ou le chagrin ? Nous savons tous que l’Art nous reconnecte à nous-mêmes et ensoleille notre vie…

Mais ce fameux flow, même s’il décrit un état souvent vanté par les philosophies orientales, est un état de conscience à la portée de tous. Naturellement, nous sommes tous happés par notre propre flow, au cours de la journée. Nous ne nous en rendons pas compte, la plupart du temps.

Vous l’aurez compris, le flow ne concerne pas que les disciplines artistiques. Vous l’éprouvez en faisant le ménage, la vaisselle, en courant ou au milieu de vos asanas, en chantant, en conduisant…

En revanche, il existe quelques petites techniques pour parvenir à cet état de bienheureuse « transe artistique ».

Je sais qu’il n’est pas toujours possible de se créer un endroit dévoué à sa pratique, quelle qu’elle soit (peinture, écriture, sculpture, yoga… Toute pratique créative qui met en lien avec la source de sa créativité). En revanche, vous pouvez faire de votre pratique un moment sacré. Et tel est mon premier conseil :

  1. Rendre sa pratique sacrée :

Qu’il s’agisse d’un instant pour vous recueillir en vous-mêmes, de quelques profondes respirations, ou même d’un Pranayama (celui de la respiration alternée, qui équilibre cerveau gauche et cerveau droit, me paraît tout à fait conseillé avant un exercice d’écriture), commencez toujours par poser une intention. Comme au début de votre séance de Yoga. Pourquoi travaillez-vous, aujourd’hui ? Pourquoi prenez-vous la plume ? Ne laissez pas la routine s’installer dans votre pratique. Gardez l’esprit clair, affûté, sur vos objectifs ; entretenez l’esprit curieux et ouvert du débutant. Et laissez-vous surprendre… Les moments où vous écrivez, peignez, jouez de la musique sont sacrés, parce qu’ils sont vôtres : un espace d’expression, où vous êtes vous-même. Chérissez-les. Alors, l’espace et le temps-mêmes de votre pratique deviennent un sanctuaire dans lequel se plonger.

incense-2043115_960_720

  1. Prendre le temps :

Tout Art demande du temps et de la patience pour s’épanouir. Les grands maîtres yogis ou ceux qui pratiquent les arts martiaux le savent : il n’est jamais trop de toute une vie pour apprendre à connaître son Art. Pour maîtriser les codes d’une cérémonie du thé, on dit qu’il faut quinze ans de pratique. Dans notre société où tout va trop vite, cette persévérance est loin d’être une valeur attendue. On recherche avant tout la rapidité, la productivité, la superficialité. C’est faux. L’écriture est un art de la maturité. Le style demande des années pour se forger, et il évolue sans cesse, avec vous. Il se nourrit de vos lectures, de vos rêves, de votre quotidien, de votre expérience. Chaque jour, prenez un peu de temps, ne serait-ce que vingt minutes, pour tenir un journal, de vos rêves, de votre quotidien, noter quelques idées, des impressions, un texte. C’est votre fil, votre lien avec votre pratique d’écriture ; ce qui fait de vous un Artiste. Même au milieu du quotidien, vous êtes relié à votre nature créative, toujours. Alors, ce temps, prenez-le, avec le sourire, avec rigueur – pour vous.

IMG_0947

  1. Instaurer une habitude :

L’être humain aime les rituels. Ce que je vais dire ici peut sembler contradictoire avec ma première entrée ; et pourtant ! Si vous écrivez chaque jour à la même heure, en conscience, votre cerveau finit par se mettre en condition à ce moment de la journée. Il sait – et vous savez – qu’il s’agit de votre moment, à vous. Les habitudes nous permettent tout simplement de gagner du temps, et de l’énergie. Au lieu de remettre en question votre emploi du temps, de trouver une demi-heure bancale entre une lessive et une séance de sport, qui sera tronquée par des coups de fil ou les obligations du quotidien, instaurez-vous un moment dans la journée, une plage libre, qui sera dévouée à l’écriture. Pendant ces vingt minutes, vous pénétrez dans votre monde ; les contingences matérielles n’existent plus. Vous déconnectez de tout le reste. Dans ces conditions, vous atteindrez plus facilement votre flow que si vous êtes préoccupé par mille choses, sans cesse.

art-1868727_960_720

  1. Se laisser surprendre :

Dans notre monde, nous avons l’habitude de tout prévoir et tout planifier à l’avance. Les menus sont épinglés sur le réfrigérateur pour la semaine ; notre emploi du temps est rigoureusement fixé, rythmé par l’inflexible pendule ; nos vacances sont organisées avec une rigueur qui interdit la flânerie. Cette obsession du contrôle peut se retrouver dans notre pratique…et complètement nous empoisonner. Pour peu que vous écriviez un roman, une nouvelle, ou que vous travailliez sur un projet structuré, il est logique (et même préférable) d’avoir un plan, un scénario, des événements définis à l’avance. Cependant, de grâce, ne cherchez pas à tous prix à tout faire rentrer dans les limites froides et bornées d’un plan ! Laissez-vous surprendre ! Laissez-vous des moments pour vous exprimer et écrire au fil de la plume ! Renouez avec votre créativité, sa folie, son chaos. Elle est imprévisible, et merveilleuse ainsi. Prévoyez des exercices où vous vous soustrayez de ces contraintes scénaristiques. Juste pour le plaisir d’écrire. N’importe quoi ; une scène, un poème, une pièce de théâtre. Ce qui vous fait du bien.

IMG_0978

  1. Créer une ambiance d’écriture :

Je crois que c’est une expression que l’on m’entend souvent prononcer « une ambiance d’écriture ». Mais qu’est-ce que cela désigne exactement ?

Ecrire, c’est créer une ambiance et un monde. Pour mieux vous immerger dans votre petit univers, je vous recommande de vous créer toute une ambiance. Promis, tisane, bougie, musique accordée aux émotions que vous souhaitez transmettre dans votre passage ont toute une influence sur le résultat de votre création. En agissant sur vous, vous agissez sur ce que vous créez… Certains préféreront le silence, sans fioritures ; d’autres aimeront glisser une petite musique en fond. D’autres, encore, auront besoin de susurrer une mélodie, de s’en imprégner, ainsi que de tout ce qu’elle dégage, avant de se mettre au travail. N’oubliez pas : tout ce que vous êtes ou tout ce que vous faites nourrit votre pratique…

Si le sujet vous intéresse, je parlerai plus amplement des « ambiances d’écriture » dans un autre article – c’est un Art à part entière, un moyen de rejoindre réel et mondes intérieurs !

writer-1421099_960_720

  1. Ne pas se juger :

Être bienveillant envers soi. Voilà une phrase que l’on entend souvent, et qui rejoint le conseil donné par Fabrice Midal, comme une formule ou un mantra détonnant : « fichez-vous la paix ». Dans le sens où vous cessez de chercher la petite bête, de vous mettre en mode « autocritique sévère » pendant que vous pratiquez. Evidemment que votre texte sera toujours perfectible. En revanche, sans cesse reformuler, se désespérer parce que vous ce paragraphe ne ressemble à rien, parce que vos formulations patinent et s’enlisent…ne servira qu’à vous détourner de votre pratique. Ecrivez. Faites. Et, seulement quand vous avez terminé, prenez un petit moment pour vous relire. Regardez avec des yeux bienveillants le fruit de votre travail du jour – en toute honnêteté. Peut-être qu’en effet, vous n’étiez pas très en forme, qu’il faudra retravailler ci ou cela…mais cela fait partie de la pratique. Cela vous donne une idée de ce sur quoi vous devrez travailler ou vous concentrer le lendemain. Vous êtes dans une perpétuelle évolution. Mais ne vous dites jamais que ce que vous faites est nul. Demandez des avis extérieurs, focalisez-vous sur des objectifs, concentrez-vous sur les bienfaits de votre pratique. Partez de là où vous êtes. Chaque texte est un voyage. Concentrez-vous sur l’essentiel et ne vous jugez pas trop sévèrement.

Le « flow » est un moyen de prendre soin de son intériorité et de son esprit. Cette technique est considérée comme une thérapie – à la façon d’une méditation créative. Ne vous sentez pas frustré, si votre « flow » n’est pas parfait. C’est comme la méditation : plus vous cherchez à atteindre cet état, plus il vous échappe, comme une poignée de sable dans les mains d’un enfant. Ne le cherchez pas. Soyez ; œuvrez, créez, glissez de la joie dans votre pratique…et vous en ressortirez ressourcé, tout simplement.

Voilà, j’espère que ces quelques conseils vous motiveront dans votre pratique de l’écriture, ou dans votre Art ♥

Si vous avez d’autres habitudes, des moyens d’atteindre votre « flow », je serai heureuse de les connaître !

Que votre matinée soit douce ♥

Eve.

Citations inspirantes, Développement personnel, Lectures, Réflexion, Romans

La nuit des temps, René Barjavel

Tu as regardé les côtelettes avec horreur. Tu as dit :
– C’est un morceau coupé dans une bête ?
Je n’avais pas pensé à ça. Jusqu’à ce jour, pour moi, une côtelette n’était qu’une côtelette. J’ai répondu avec un peu de gêne :
– Oui.
Tu as regardé la viande, la salade, les fruits. Tu m’as dit :
– Vous mangez de la bête !… Vous mangez de l’herbe !… Vous mangez de l’arbre !…
J’ai essayé de sourire. J’ai répondu :
– Nous sommes des barbares.
J’ai fait venir des roses.
Tu as cru que cela aussi nous le mangions.

La Nuit des Temps, René Barjavel.

branch-1753745_960_720

Contes & histoires, Développement personnel, Lectures, Nouvelles, Projets de roman(s), Réflexion

La Muse assassinée

L’inspiration n’a plus vraiment la côte. Il semble que ce terme, passé dans le langage courant, souffre d’un soudain désamour. Serait-ce le rationalisme ambiant ? Le triomphe du sacro-saint travail sur la créativité que nous pistons toute notre vie, au détour d’un rêve d’enfant effeuillé, défloré ?

lady-865086_960_720

Commençons par plonger aux racines de cette expression.

Que désigne réellement l’inspiration ?

Lorsque j’étais en hypokhâgne, nous avions beaucoup travaillé sur ces notions opposées de travail et d’inspiration. Je me souviens d’ailleurs très bien de la toute première dissertation de français de cette année extraordinaire, par un frais samedi matin. A dire vrai, je me souviens surtout de la note – qui, je vous l’assure, ne vaut pas la peine d’être mentionnée ici ; mais c’est le jeu, quand on arrive en prépa… Chuter, très bas, se relever, gravir la montagne en s’écorchant les mains et les genoux, autant fois que nécessaire.

Travail. Inspiration. De tous temps, les auteurs se sont disputés autour de ces deux notions. Alors que les antiques célébraient les vertus de l’insaisissable inspiration, don des dieux, bien des modernes cartésiens sont revenus par la suite de cette conception du monde. On imagine fort bien Flaubert, adepte du style irréprochable et du travail, jeter des regards méprisants en direction d’Homère ou d’Hésiode, qui débutaient toutes leurs œuvres par des invocations aux Muses… A l’inverse, qu’auraient pensé les auteurs de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay (qui reconnaissaient cependant la valeur du travail sur la langue), pour ne citer que les principaux, fervents défenseurs des Muses, des thèses de Paul Valéry ? Nous dirons, pour être poli, que l’inspiration lui inspirait un certain mépris.

Être inspiré, c’était être touché par le dieu, soit être dans un état d’enthousiasme (du grec ἐνθουσιασμός) : littéralement : être possédé par θεός, le dieu. En théorie, si vous vous écriez soudain « Ça y est, j’ai retrouvé l’inspiration !! » et que vous vous mettez à écrire comme un fou au clavier, les mots s’enchaînant les uns aux autres avec une cohérence incroyable, c’est…parce qu’un dieu, un esprit, une Muse, qui sait, se tient derrière vous et vous souffle à l’oreille que dire et que faire.

Sauf que vous êtes tout seul devant votre ordinateur, que vous avez froid aux pieds et que vous mourez de soif, là-maintenant – et que la Muse du coin n’est pas trop le genre à vous faire du café… Dommage.

woman-1283009_960_720

Le monde est vraiment injuste.

Il y a ceux qui seraient en contact avec d’autres dimensions. Certains qui se prétendraient inspirés par des proches disparus. Je passerai sur les récits mystiques de Yogis qui ont réveillé leur Kundalini (n.d.a : la force vitale de chaque personne, qui dort enroulée comme un serpent, au bas de la colonne vertébrale, au niveau de Muladhara Chakra, le chakra-racine.) et ont soudainement accédé à une manne d’informations, maîtrisé des dizaines de langues, et sont mystérieusement devenus des poètes du jour au lendemain. Après tout, inspiration ou pas, elle est synonyme de croyance.

Parce que vous, vous n’arrivez à rien.

Pour autant, peut-on dire de l’écriture qu’elle est uniquement affaire de travail ? Là, serait-ce juste cela ? Suer sur sa feuille, pleurer, s’écorcher les doigts et les mains, s’user les nerfs et les yeux ?

Le travail, merci l’étymologie, provient du latin tripalium ; et tripalium signifie torture. Bon, vous qui écrivez, est-ce que sortir ce chapitre est franchement une tripalium – une torture ? Si c’était de la torture, je pense que vous ne revendiqueriez pas l’écriture comme étant votre passion. Ou vous avez de la passion une bien drôle de définition. Ce qui ne regarde que vous, cela-dit…

Et si notre Muse (oui, vous savez, celle qui refuse de vous faire du café et qui bosse à mi-temps pour vous – et encore, elle est très souvent malade, ces derniers temps. Réfléchissez-bien, je suis sûre que vous voyez de qui je parle…), c’était nous-mêmes ?

Non, reposez ces rideaux immédiatement, l’idée n’est pas de se draper dans une toge et d’égrener quelques notes sur une lyre. Venez par ici que je vous explique un peu…

lightbulb-1246589_960_720

Notre Muse, c’est nous-mêmes, tout simplement parce que la source de notre inspiration se trouve en nous.

Je sais que quantité d’auteurs postulent que l’inspiration telle que l’entendaient les Anciens est un phénomène probable (par le biais d’une sorte de grande conscience collective qui dépasse notre petit égo, un genre d’inconscient universel, si vous voulez. Elizabeth Gilbert – dont vous pouvez retrouver des interviews sur Tedx – avait développé cette idée, me semblait-il, dans un numéro de Happinez que j’avais lu, et il y a d’autres auteurs qui pensent ainsi ! Voire des scientifiques). Sans renier cela (chacun est libre de penser ce qu’il veut), j’aurais plutôt tendance à penser que tout se trouve en nous. L’Alpha et l’Oméga de notre créativité trouve sa source à la fontaine de nos expériences de vie.

Ecriture automatique, rêves, journaux intimes, associations de mots, idées qui jaillissent à l’improviste, exactement quand il ne faut pas (au lieu de ranger ces dossiers merveilleux, par exemple, ou de remplir votre déclaration de revenu fiscal… Le cerveau, ce sacré petit procrastineur…), et j’en passe. Non, il n’y a rien de magique dans toutes ces techniques. Elles puisent au plus profond de vos propres ressources, celles que vous oubliez d’exploiter, pris par le tourbillon de la vie. Et qu’ont-elles en commun ? Elles stimulent l’hémisphère droit de votre cerveau, relié à la créativité et à l’innovation, plutôt que le gauche, que nous utilisons en permanence – pour penser, juger, analyser, décortiquer. Quand le premier voit le tableau dans son ensemble, le second a tendance à tout voir selon un angle de vue restreint… Souvent celui de l’habitude, d’ailleurs.

Et puis il y a ceux qui n’ont jamais de problème. Toujours frais comme des fleurs des champs, tellement d’idées qu’ils ne peuvent pas toutes les exploiter… Leur Muse est bien vivante et bien active. A vrai dire, vous avez déjà considéré la kidnapper, mais sans jamais réussir… Oui, le monde est injuste, car nous ne sommes pas tous égaux au niveau de l’inspiration et des idées – a priori.

Justement, les techniques citées plus haut vous libèrent des limites de votre psyché, celles de l’éducation, de la raison, des inhibitions qu’on vous a imposées par couches successives depuis l’enfance. Vous créez de nouvelles connexions neuronales…

Si vous ne lui laissez pas de place pour qu’elle s’exprime, comment votre créativité peut-elle s’épanouir à travers vos œuvres et dans votre vie ? Si vous êtes quelqu’un de très logique, de très cérébral et d’organisé, qui a du mal à laisser place à l’imprévu, ou le regrette aussitôt, ne vous étonnez plus que la flamme que vous aviez pour vos projets s’éteigne aussi vite. Vous vous brimez.

Ou, du moins, la société ne vous a jamais appris à faire que cela : vous brimer, rentrer ce que vous avez d’unique et d’original en vous.

Mais vous savez quoi ?

C’est réversible. L’enfant qui inventait des histoires à partir d’une poignée de cailloux et imaginait des châteaux dans une fourmilière existe toujours. Il joue à cache-cache derrière des piles de concepts et de pensées abstraites. Mais laissez-lui le temps, acceptez de fermer les yeux et de compter jusqu’à dix, prêtez-vous à son jeu…et soudain, prunelles immenses, fossettes au creux des joues et jus de baies au coin des lèvres, il se retrouvera face à vous. Le tout sera alors de ne pas l’effaroucher…

alone-1822474_960_720

Vos émerveillements d’enfant, vos premières vacances, ce chaton qui est arrivé à la maison quand vous aviez cinq ans, le jour où vous avez cru rencontrer le prince charmant (vous aviez sept ans, et pas toutes vos dents…), la perte de votre meilleur ami, ces expériences simples, courir dans les champs, manger une part de tarte aux mirabelles préparée par maman, ce temps où tout semblait grandiose… que voilà des trésors ! Souvenez-vous du bonheur simple que vous trouviez dans ces choses, sommes toutes, banales. Insufflez à votre écriture le souffle épique de ces instants, les émotions sans taches, pures et puissantes, que vous éprouviez alors…

Soudain, le miracle a eu lieu. Vos pieds sont toujours froids, vous avez toujours aussi soif, mais…que s’est-il passé ? Cela ne vous fait plus rien.

En fin de compte, vous n’êtes plus seul. Vous les sentez presque : deux mains diaphanes et tièdes, posées sur vos épaules, une chevelure lustrée qui s’enroule et s’emmêle à la vôtre, et cette voix, une ambroisie qui irrigue votre cerveau… La Muse est là. De crainte de l’effaroucher, vous n’osez bouger. Seules vos mains continuent de pianoter en rythme sur le clavier, et vous vous autorisez un petit sourire.

Evidemment, ce n’est pas le genre de chose que vous pourrez raconter à n’importe qui. Peut-être que votre propre mère vous regarderait bizarrement. Sans doute votre compagnon s’amuserait-il à vous charrier sans fin à propos de la Muse imaginaire. Mais, quand bien même ? Vous savez ce que vous avez vu – et senti.

La Muse est en vous. Laissez-la sortir, et des miracles pourront s’accomplir…

Vous écrivez sous la diction de la Muse ? La Muse de vos propres idées et de vos mondes intérieurs ? Eh bien, n’êtes-vous pas en train de travailler ? Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’effort apparent et que vous n’êtes pas en train de lutter pour enfanter chaque phrase que vous ne travaillez pas. Prenez plaisir à ce que vous faites. Laissez couler. Laissez venir…

Voilà comment on pourrait réconcilier inspiration et travail – les deux facettes de l’art de l’écrivain, dans le fond…

Développement personnel, Douceurs enchantées, Réflexion, Recettes magiques

Sablés poétiques de Noël et de Yule

Pour beaucoup, et l’Avent le prouve, décembre rime avec Noël. Je ne reviendrais pas sur la vision sombre (pour ne pas dire ténébreuse) que j’aie de Noël, en ayant suffisamment traité dans un article précédent.

Le 21 décembre, avait lieu le solstice d’hiver. Après les nuits interminables, les aubes grises et la mélancolie des jours trop courts, du soleil qui se cache, la lumière revient. Les jours rallongent, et, avec eux, l’espoir d’un printemps endormi sous le terreau noir…

Que Noël ait lieu le 25 décembre n’est pas un hasard. Noël avait une grande sœur nommée Yule, fête païenne, fête nordique ; ce n’est pas non plus un hasard si on avait coutume de faire brûler une bûche de chêne à Yule et d’allumer bougies et lumières (cela ne vous rappelle pas quelque chose ?).

spirit_of_yule_by_ironshod

Depuis l’Antiquité, et sans doute avant, la psyché humaine n’a pas changé. Seuls les siècles ont passé, soufflant les civilisations comme le ferait une bourrasque d’un tas de feuilles mortes. L’humanité s’est cru toujours plus intelligente, a amélioré son quotidien jusqu’à se rendre paresseuse, aboli l’esclavage de l’homme sur l’homme pour le remplacer par la technologie et le travail, mais dans son cœur et dans son âme, elle est demeurée la même. Peur de la mort, jalousie, paresse, convoitise et besoin de se sentir supérieur… Ces sentiments que nous éprouvons, nos ancêtres grecs, égyptiens, gaulois, les éprouvaient déjà. Nous sommes dans la continuité.

Lorsque j’avais visité le site archéologique de Bliesbruck-Reinheim, à la frontière allemande, j’avais été saisie de ce que j’avais vu : les objets du quotidien des romains, pourtant âgés de plus de 2000 ans, étaient si semblables à ceux que nous employions chaque jour ! Peignes, pièces de monnaie, serrures, clefs, moulins à blé… Nous n’avons l’avantage que de la répétition et de l’habitude, et peut-être d’un savoir plus grand du monde qui nous entoure. Mais nous qui croyons avoir inventé tant de choses merveilleuses, nous ne faisons que répéter des gestes mille fois accomplis et marcher dans les pas d’hommes qui, avant nous, se sont émerveillés d’un coucher de soleil, d’un ciel étoilé, sont nés, ont grandi et sont morts.

Il en va de même pour les cultures.

Pour se faire accepter, le Christianisme a beaucoup emprunté, quoiqu’il en dise, aux religions qui le précédaient. Pâques a lieu approximativement à la période de Beltane, la Chandeleur est l’héritière directe de Brigantia (ou Imbolc), fête qui célébrait le début du printemps celte, et la fête des morts et la Toussaint, prennent place à un moment-charnière de l’année pour les Celtes. Le 31 octobre et le 1er novembre, on célébrait autrefois Samhain et la plongée du monde dans les ténèbres de l’automne et de l’hiver ; le soleil se faisait moins présent.

magical_arrival_by_ironshod

J’imagine que ces dates n’ont pas été choisies parce qu’il fallait à tout prix caser des fêtes dans le calendrier religieux. Leur signification profonde plongeait racine dans l’humus de mystères qui nous échappent aujourd’hui et des cycles de la nature. Saison après saison, l’humanité fêtait le bonheur d’être en vie ; on célébrait les forces qui permettaient cette existence, l’abondance dorée des moissons ou les morts et les ancêtres qui veillaient sur les vivants.

Aujourd’hui, nous avons un peu oublié cela. Chaque lundi matin, nous nous levons « parce qu’il le faut », harassé de cette semaine qui n’a pas encore commencé. Nous avons oublié le bonheur d’être en vie, pris dans la spirale du quotidien. Il y a bien ce malaise qui nous dérange, confus, cette gêne, cette impression de ne pas être au bon endroit au bon moment ; et puis cela disparaît. Nous sommes happés à nouveau. Le moment de lucidité a disparu sous les assauts constants de la société. Il en va de même pour les fêtes : nous fêtons un peu « parce qu’il le faut », faisons des cadeaux parce que la société nous le rabâche, qu’il faut qu’untel ait sa Senseo ou son iPhone, pour faire semblant de penser à Tonton André et parce qu’il faut acheter quelque chose de pas trop moche à Tatie Claire.

Les jolies significations, celles qui donnaient du corps aux fêtes, ont été étouffées par le matérialisme, ce que je trouve dommage.

christmas-1911637_960_720

Redécouvrir Yule et réapprendre à vivre avec la nature que nous enterrons sous le béton est peut-être la solution pour réenchanter nos existences. Yule n’est pas le nom celte du solstice d’hiver ; nos ancêtres les gaulois (ha ha) l’appelaient Alban Arthan. Cela ne tient qu’à moi, mais j’ai une préférence pour ce nom, qui est aussi historiquement plus juste. Si on veut être rigoureux, Yule est une fête germanique, que célébraient les vikings. Ainsi, en vieux norrois, Yule se disait Jòl. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’en Islande, en Suède, en Norvège et au Danemark, Jòl est toujours le mot employé pour dire Noël. Quand je vous disais que Yule et Noël ne sont en vérité que deux facettes d’une même réalité…

Faut-il renoncer à Noël pour fêter Yule ? Bien sûr que non ! Quantité de gens honorent Noël parce qu’ils célèbrent la naissance du Christ. On peut (comme on peut ne pas) adjoindre la signification de Yule à celle de Noël. Faites ce qui vous parle ♥

Alors, comment fêter Yule ? Allez vous promener en pleine nature, au milieu du silence étouffé d’un bois ; les branches craquent sous vos semelles, un soleil pâle à l’horizon fait resplendir les feuilles et le givre qui les habille. Voilà le jabot du rouge-gorge ! Mince tache de vermeil, elle attire votre regard au milieu de la grisaille endormie du paysage. Tout semble être suspendu… Peut-être, posez la main sur le tronc moussu de ce chêne, et écoutez battre le cœur engourdi de la nature… Un frisson dans les feuilles. Vous tournez la tête, mais il n’y a rien. Rien qui soit visible à vos sens, du moins…

Mabon, le jeune soleil, est retenu prisonnier ; il se languit des siens. Quand on viendra le délivrer, comme chaque année, le printemps pourra fleurir, perce-neige et ail des ours dans les clairières…

Cueillez du gui, ramassez une bûche que vous brûlerez dans votre âtre, allumez un peu d’espoir dans votre vie… Laissez la magie du calme vous pénétrer avec le froid et la promesse, bientôt, du zéphyr et de la lumière qui feront revivre le monde… Au creux du jour le plus court de l’année et avant la longue nuit, accueillez le retour de la lumière.

petite-creation-blog

Ou bien, confectionnez des petits sablés sans cruauté, véganes et personnalisables à l’envi, en forme de lune pour célébrer cette grande dame qui éclaire chaque nuit notre ciel, ou de poule, ces animaux placides et maternels… Ils existent en version avec ou sans gluten ; petits ventres sensibles, vous serez comblés !

  Sablés poétiques de Noël ou de Yule :

Pour une quarantaine de sablés : version sans gluten :

  • 75g de farine de maïs
  • 75g de farine de riz complet
  • 40g de poudre d’amandes (ou de noisettes)
  • 10g de fécule de manioc (ou de maïs)
  • 100g de margarine végane ou d’huile de noix de coco en pommade (désodorisée ou non)
  • 90g de sucre complet (Rapadura ou Sucanat ou Muscovado)
  • 2 cuillères à café de cannelle en poudre
  • 1 cuillère à soupe de gingembre en poudre
  • 10 tours de moulin de poivre noir
  • une belle pincée de sel marin
  • vanille en poudre

Pour une quarantaine de sablés, version avec gluten :

  • 100g de farine de blé T80 ou T110
  • 50g de farine d’avoine
  • 40g de poudre d’amandes
  • 10g de fécule de maïs ou de manioc
  • 100g de margarine végétale ou d’huile de noix de coco en pommade
  • 90g de sucre complet (Rapadura ou Sucanat ou Muscovado)
  • 2 cuillères à café de cannelle en poudre
  • 1 cuillère à soupe de gingembre en poudre
  • 10 tours de moulin de poivre noir
  • une belle pincée de sel marin
  • vanille en poudre

Comment précéder ?

 Mélangez les farines avec la fécule, la poudre d’amande, les épices, le sel.

Battre l’huile/margarine avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse.

Ajoutez les farines au mélange margarine/sucre avec 50ml d’eau, très progressivement, jusqu’à former une belle boule de pâte. La pâte est légèrement collante.

Réservez-la au frais pour quelques heures, jusqu’à toute la nuit, puis sortez-la du réfrigérateur. Avec un rouleau de pâtisserie (entre deux feuilles de papier cuisson pour la pâte sans gluten) abaissez la pâte. Puis, muni de vos emporte-pièces favoris, coupez la pâte en autant de formes que vous le souhaitez ; soyez créatifs ♥

 Enfournez dans un four à 180°C en chaleur tournante, pour 8-10min environ. Les biscuits doivent être à peine dorés. Laissez-les refroidir sur une grille.

20161217_120225

 Variantes :

  • avec de l’huile essentielle d’orange douce ;
  • avec des épices à pain d’épice ;
  • avec des raisins secs ou des écorces d’orange confites dans la pâte ;
  • avec des pépites de chocolat ;
  • avec de la poudre de noisette ;
  • avec une cuillère à soupe de rhum…

De très joyeuses fêtes à tous ♥

Tendrement vôtre,

Eve.