Les dîners du chat, Recettes magiques

Les lasagnes : la cuisine de mon enfance

Petite fille, je raffolais de pâtes et de lasagnes. C’était le plat que je réclamais immanquablement à ma mère, à chaque occasion un peu spéciale, à chaque anniversaire. Sa seule pensée dessinait des étoiles dans mes yeux et convoquait une fête sur mes papilles.

IMG_2369.JPG

Lasagnes. J’imaginais déjà mes petits doigts racler le fond et les bords des casseroles des sauces que j’aimais tant, la « sauce blanche » et la « sauce rouge », comme la Reine Blanche et la Reine Rouge d’Alice au Pays des Merveilles, archétypes d’un conte, personnages de légende de mon bestiaire culinaire.

Les lasagnes de maman, je les aimais au thon, avec beaucoup d’oignons et de vin blanc, pas forcément gratinées. Il fallait que les pâtes aient caramélisé avec la tomate sur les bords du plat amoureusement passé au four, et que la béchamel soit bien épaisse. C’était comme un rituel, un parfum d’anniversaire et de laurier qui investissait la cuisine et me mettait le cœur en joie.

IMG_2379.JPG

Le temps a passé, et ma folie des lasagnes aussi.

Pourtant, quand il fait gris, que l’air fleure bon l’automne et les feuilles tourbillonnantes, j’ai toujours comme une réminiscence de lasagnes. Et, alors, il faut que je mette la main à la pâte pour mettre au point ma propre version de cette recette qui a bercé mon enfance. Plus guère de thon pour la végétarienne que je suis, des pâtes au blé complet ou sans gluten, une recette que j’essaie de penser meilleure pour la santé en termes de nutriments et de vitamines. Avec des herbes du jardin de ma grand-mère, des tomates fraîches si possible…sans sacrifier le côté réconfortant de ce plat.

Voici mes lasagnes du jardin !

IMG_2372.JPG

Ingrédients :

  • 250g de pâtes à lasagne (au blé complet, à l’épeautre ou sans gluten)
  • 800g de coulis de tomates
  • 2 cuillères à soupe de tamari
  • Quelques tours de moulin à poivre
  • Un peu d’ail semoule
  • Une dizaine de feuilles d’origan du jardin

  • 8 tomates très mûres
  • 200g de tofu lactofermenté au pesto
  • 100g de tofu lactofermenté au tamari

  • 250ml de crème de soja
  • 200ml de vin blanc sec
  • 3 cuillères à soupe de sauce soja (tamari)
  • 2 cuillères à soupe rases de fécule de manioc

  • Poivre du moulin
  • 3 feuilles de laurier du jardin
  • Noix de muscade fraîchement râpée (environ un quart de la noix)
  • Thym et romarin du jardin
  • Quelques branches de marjolaine
  • Huile d’olive

IMG_2380.JPG

 

Préchauffer le four à 180°C.

Mélanger le coulis de tomate avec les ingrédients de la sauce rouge. Réserver.

Mélanger les ingrédients de la sauce blanche et réserver. Le mélange obtenu est très liquide : c’est normal ; en cuisant, les pâtes vont absorber l’essentiel du liquide.

Huiler généreusement un plat, puis disposer une première couche de pâtes à lasagnes.

Couper les tomates en très fines tranches. En disposer l’équivalent de deux et demi sur les pâtes à lasagnes. Emietter les deux tofus et saupoudrer sur les tomates. Verser un tiers de la sauce rouge et un tiers de la sauce blanche sur les pâtes. Couvrir de feuilles de lasagnes.

Répéter l’opération, jusqu’à épuisement des ingrédients.

Napper généreusement le plat d’huile d’olive, saupoudrer de thym, de romarin et de marjolaine (de votre jardin ♥)

Enfourner pour environ 40 minutes (tout en sachant que les lasagnes supportent très bien les longues cuissons à feu tout doux, pour devenir fondantes et douces et délicieuses ♥)

IMG_2383.JPG

Vous pourrez déguster ces lasagnes toutes seules, ou bien accompagnées d’une petite salade verte croquante. Faites-vous du bien !

Tendrement vôtre,

Eve.

Publicités
Douceurs enchantées, Recettes magiques

Muffins gourmands figue-amande-citron

Au pied du sapin, il y avait ce livre, Green, par Anya Kassoff, sobrement emballé dans un papier rouge, maintenu par un flot. Je l’ai extirpé de sa prison de rubans, je l’ai parcouru d’un regard gourmand, et je ne l’ai plus quitté. Inépuisable source d’inspiration, aussi bien culinaire que picturale, je l’ai souvent ouvert au hasard, pour me régaler d’une image, ou en quête d’un repas du soir alléchant et rapidement fait.

IMG_2302

Parmi toutes les superbes réalisations qui s’y trouvaient, une d’entre elle, des muffins garnis de figues fraîches entières, avait accroché mes yeux. J’y revenais sans cesse. Et pourtant, sur cette recette, pesait un agaçant interdit : il fallait utiliser de la poudre d’amande – un fruit auquel la moitié de ma famille était intolérant – ainsi que des figues fraîches – et les figues fraîches, même en saison, coûtent terriblement cher.

Je n’ai jamais oublié cette recette. J’attendais simplement le moment propice pour la réaliser, enfin – quand j’aurais trouvé des figues fraîches à un prix abordable. Le temps a passé, ma mère et moi avons pu recommencer à manger de petites quantités d’amandes sans être malades, et, un beau jour, mon magasin bio a proposé des figues à un prix record… Devant l’étal, je n’ai pas hésité un instant, ma marotte toujours à l’esprit, et j’ai consciencieusement rempli le sac en papier, sous le regard perplexe et amusé de mon père, rendu curieux par tant de mystères.

IMG_2341

Le lendemain, frigorifiée après avoir enduré averse sur averse et coup de vent à une fête médiévale, en quête de réconfort, je passais à l’acte : farine qui vole, aller-retour du garde-manger à la cuisine, parfum envoûtant de l’amande et de la vanille, mon père qui insiste pour faire la vaisselle, rien que pour lécher la pâte qui restait dans le saladier…

Quelques vingt minutes plus tard, ces délices interdits aux figues et aux amandes étaient au four, le froid n’était plus que le souvenir d’une aventure un peu folle, un peu chouette, et j’avais réalisé un rêve de recette.

Comme d’habitude, je n’ai pu m’empêcher de modifier la recette selon mon inspiration du moment. Vous trouverez donc une version fantaisiste de ces muffins à la figue, ici. En espérant qu’elle vous charme autant qu’elle nous a charmé… ♥

IMG_2354

Ingrédients :

Pour une dizaine de gros muffins :

  • 10 petites figures noires, bien mûres
  • 90g de farine de riz complet
  • 100g de poudre d’amande
  • 30g de farine de lupin
  • 30g de fécule de manioc
  • 250ml de lait de coco entier, nature
  • 40g de sirop de dattes
  • 80g de sucre de canne complet
  • 2 cuillères à soupe de purée d’amande blanche (ou de purée de noix de cajou)
  • 1 cuillère à café de poudre à lever
  • 1 pincée de sel marin
  • 1 pointe de couteau de vanille en poudre
  • 2 cuillères à soupe de jus de citron
  • Le zeste râpé et haché d’un citron
  • 1 cuillère à café d’eau de fleur d’oranger

Préchauffer le four à 180°C.

Mélanger les ingrédients secs ensemble.

Dans une jatte séparée, mélanger le sirop de datte avec le lait de coco, la purée d’amande, le jus de citron et l’eau de fleur d’oranger. Verser sur le mélange des poudres. Mélanger intimement.

Dans des moules garnis de caissette en papier, déposer une cuillère à soupe de pâte. Déposer une figue, pédoncule ôté, sur le fond du muffin.

Recouvrir la figue avec le restant de pâte.

Enfourner pour 20 à 25min de cuisson, jusqu’à ce que le dessus du gâteau soit doré.

IMG_2364

A peine sortis du four, les muffins ont une consistance irrésistiblement moelleuse ; la figue a caramélisé et fond au milieu du gâteau…

 A accompagner d’un thé aux épices ou d’un rooibos à la vanille et de sorbet à la pêche ♥

Développement personnel, Réflexion

Renaissance(s)

Depuis quelques semaines, je vis au présent, uniquement au présent. Le fameux instant présent, ce fragment d’éternité, la promesse de tout le bonheur du monde. Tout le monde en parle, si bien qu’il en semble presque banal. Chaque jour a acquis la substance d’une semaine entière ; je me lève le matin à la conquête d’une aventure nouvelle. J’ignore ce que l’heure prochaine me réservera ; je ne sais quand j’irai me coucher, à quel moment je déciderai de me lever, de quoi seront faits mes matins et mes après-midis.

Cela m’a ramené quelques années plus tôt, lorsque je me suis réveillée d’une longue maladie, que j’ai cligné des paupières, et qu’il m’a semblé voir le monde pour la première fois – toutes les couleurs brillaient avec une intensité surprenante ; les parfums, les odeurs et les saveurs me semblaient incroyables de sensualité. J’avais quinze ans, et l’impression que je vivais, vraiment, pour la première fois de mon existence. Au cours de l’hiver, j’avais tout brûlé, tout consumé, et certains craignaient que l’oiseau y laisse toutes ses plumes. Au lieu de quoi, j’ai décidé de me ressaisir. J’ai découvert que tout être était un peu phénix, au fond de lui, et pouvait renaître de ses cendres.

IMG_2073

La deuxième renaissance, je l’ai vécue lorsque, en mars dernier, j’ai accepté de laisser sortir mon cœur de sa coquille.

L’hiver avait été noir, assombri par la maladie et la souffrance de ma mère, la fatigue et des responsabilités nouvelles. En février, j’étais exsangue d’avoir trop vécu et d’avoir trop éprouvé. J’étais seule. J’avais besoin d’un soutien que je me refusais, en m’enfermant dans un isolement affectif presque total.

IMG_0439

Juste comme je fêtais le premier anniversaire de La Couleur de la Magie, le 9 février, et comme j’angoissais de me retrouver sans rien, sans projet d’écriture, Argyll et Declan sont arrivés. Là. Au milieu des salles glacées d’un temple, un amour interdit, un amour dangereux, une histoire improbable. En quelques jours, j’étais tombée amoureuse d’un roman. J’ai vécu une relation très fusionnelle avec cette histoire. J’y pensais sans cesse ; elle hantait mes nuits, faisait battre mon cœur, quand elle n’exigeait pas de moi des réveils précoces, bien avant l’aube. Pendant trois semaines, j’ai vécu au rythme propre de cette aventure. Et quand elle s’est achevée, quelques jours après l’équinoxe du printemps, je me suis retrouvée, un peu vide, un peu épuisée, un peu désorientée, à regarder la vie d’un autre œil. A travers mes personnages, j’avais connu l’amour, la sensualité, la passion, la maladie et la mort ; et le quotidien me semblait soudain d’une banalité affligeante. Il fallait que je porte le deuil de ce qui m’avait transfigurée, illuminée et animée de l’intérieur. Je m’y suis longtemps refusée. Passer de tout – la vie – à rien, c’était trop difficile. J’ai joué à l’équilibriste et dansé sur un fil, sans véritable nouveau projet, incapable d’abandonner celui-ci. J’en suis presque tombée malade. En particulier, je me souviens d’une après-midi au jardin botanique, où j’ai commencé à frissonner au soleil, à sentir mon corps et mes membres être parcourus de fourmillements ; je ne parvenais plus à avancer sans avoir l’impression que j’allais tourner de l’œil. Autant dire que j’ai eu très peur. Ce soir-là, je me suis effondrée sur mon tapis de yoga avec un bol-doudou et une tisane, et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Enroulée dans un plaid, je me suis endormie très tôt, le corps et l’esprit exténués.

Mon organisme a exigé son tribut de repos, de nourritures affectives et de considération. Je suis tombée malade d’avoir trop donné – à une histoire.

IMG_1926

Pourquoi parler de renaissance malgré tout ? Parce qu’un événement (en l’occurrence, ce roman) avait chamboulé ma vie ; une voix criait en moi, avec le printemps qui épanouissait ses fleurs : « Il est temps de vivre, petite Eve, temps de laisser tomber les barrières pour faire corps avec l’existence. »

C’était une période étrange, une époque de transition et de transformation. Je marchais de longues heures durant, dans la nature, dans la ville ; et je pensais. A la vie. Au sens potentiel de l’existence. A ce que je voulais et ne voulais pas faire de tout ce temps qui m’était imparti. A la mort. A la maladie, un peu, qui vient chambouler tous nos projets et bouleverser qui nous sommes. Et au milieu de tout cela, une intuition, une intuition formidable et merveilleuse venait me réconforter dans les pires moments. Je sentais, confusément, qu’il allait se passer quelque chose de beau et d’un peu magique. Quoi, je l’ignorais, mais mon instinct palpitait de joie et d’allégresse à l’idée de l’avenir.

L’anorexie et un roman : deux renaissances, parce qu’elles m’ont apprise d’autres manières d’être vivante, de puiser dans mes capacités et m’ont enseigné d’autres points de vue sur l’existence. A quinze ans, je me voyais comme une guerrière – parce que la malade, c’était moi, et qu’il me fallait surmonter mes propres démons. J’étais ma pire ennemie. A vingt ans, j’ai compris que j’avais été malade de mon propre désamour pour moi-même. Je crois avoir saisi que j’étais ma meilleure amie et ma meilleure alliée – même s’il me reste maintenant à l’intégrer.

IMG_1835

Je ne sais pourquoi j’ai repensé à tout cela. Peut-être parce que les longues heures brumeuses du voyage de retour de la baie de Somme m’ont offert un luxe que je dédaignais depuis des mois et des mois, bien que j’en ai eu un cruel besoin : me poser. Juste me poser, ne rien faire, avec de la musique dans les oreilles, les mains sur les genoux et le regard flottant sur les merveilles offertes par le paysage des Ardennes belges. Me poser, penser, digérer, métaboliser les événements des jours, des semaines, des mois précédents.

Regarder un peu le chemin parcouru.

Celui qui reste à parcourir. Sourire à la Eve d’autrefois.

Se poser, pour mieux replonger dans le tourbillon de la vie. Les runes me l’ont pourtant mille fois dit ; et, mille fois, j’ai dédaigné ce conseil.

Deux renaissances… C’était à chaque fois le début de quelque chose de beau et de neuf – même si j’ignorais jusqu’où cela me mènerait.

Oui, j’ignorais, en ce jour gris du 28 février 2017, que tout cela n’était que le prélude d’un été un peu magique, un peu fou, complètement incroyable.

Au fond de nous tous, gît un phénix, un oiseau aux ailes de flammes, qui n’attend que les circonstances propices pour s’éveiller.

IMG_0213

Lectures, Réflexion

Nourrir sa muse

Vous allez sans doute m’accuser de pratiquer la nécromancie ou de me livrer à une dangereuse pratique du spiritisme, mais voilà que j’ai ressuscité la Muse, que j’avais assassinée dans un précédent article. Telle le phénix, elle renaît de ses cendres, le temps que je vous parle de son régime alimentaire si particulier.

Sur la montagne de l’Hélicon, la Muse dans son habitat naturel a l’habitude de faire des agapes d’ambroisie ou de nectar de fleurs. C’est qu’elle est exigeante ! Même une fois apprivoisée, Madame continue d’avoir ses lubies. Sauf que vous, auteur, disposez rarement d’un stock d’ambroisie dans votre sellier. L’artiste moderne est un être pressé, qui, lui-même, se nourrit très mal, de choses qui traînent, qu’il grignote, faute de temps, happé par son écriture et les revendications de ses personnages et créatures de papier.

girl-1319130_960_720

Dans ces conditions, la Muse a tôt fait de se sentir négligée, abandonnée. C’est alors qu’elle commence à vous bouder. Elle proteste, elle lambine, elle menace de vous quitter, alanguie dans un fauteuil, cheveux défaits et petit air inaccessible. Vous la suppliez de rester, lui rappelez que, sans elle, vous n’êtes rien. Son sourire se renforce ; elle sait éperdument que vous êtes à sa merci. Elle poursuit ses menaces  pour vous faire céder. En retour, elle vous promet les nuits d’insomnie, la page blanche, la fin de toute inspiration. Elle vous dérobera votre génie ; puis, perfidies accomplies, elle ne se gênera pas pour aller vous faire des infidélités, ailleurs, là où on la nourrira un peu mieux.

Eh oui, la Muse est volage. Pour la garder, il convient d’être vigilant…

Et puisqu’il est interdit, à nous, pauvres mortels, de toucher à la divine ambroisie, mieux vaut rapidement trouver autre chose pour contenter cette Muse aux goûts luxueux…

Nourrir sa muse est une tâche cruciale, qui prend du temps. C’est une besogne pour laquelle on a souvent peu d’intérêt (justement parce que ça prend du temps !)

Mais qu’entendons-nous par nourrir sa Muse, exactement ?

IMG_1528

Il est entendu dans la tradition grecque et dans le monde des Arts, que des entités immatérielles hantent l’esprit des artistes pour leur souffler de nouvelles idées, des passages de leurs œuvres  particulièrement inspirés. C’est ainsi qu’on assiste à d’étranges phénomènes : certains  écrivains témoignent de textes qui semblent s’être écrits tout seuls ; les peintres parlent de paysages jaillis du néant, d’inspirations fulgurantes.

Votre Muse personnelle est ce petit génie qui vous chuchote des choses à l’oreille, assemble pour vous des idées prometteuses et renouvelle votre imaginaire – et a cette propension à vous laisser tomber au pire moment. C’est à partir de vos expériences et de l’atmosphère dans laquelle vous baignez (émotionnellement comme physiquement), de ce que vous vivez et voyez, que vous allez lui apporter un aliment pour qu’elle serve votre Art. Quoi que vous souhaitiez écrire/peindre/inventer, vous ne partez jamais de rien. Prenons l’exemple de l’écriture : vous pouvez compter sur le socle de vos lectures ; et c’est ce qui va vous tenir lieu de point de départ. Si vous êtes un grand amateur de dark fantasy et d’humour Pratchettien (je pense que le résultat aurait de quoi être détonnant xD), il est naturel que vous ayez profité de ces deux grandes influences pour bâtir votre propre style et trouver votre voie.

Une fois que vous avez les fondations et votre style de départ, vous n’êtes qu’au début du voyage. Votre inspiration, pour rester vive, claire et affûtée, a besoin d’être entretenue régulièrement, choyée – nourrie.

Pour nourrir sa muse, il n’y a pas d’autre choix que de fréquenter d’autres auteurs, décortiquer leur style, se fixer mille petits défis pour s’améliorer toujours davantage et tendre dans telle ou telle direction : plus de fluidité, plus de vocabulaire, plus d’humour, etc.

Dans l’idéal, il devrait y avoir des moments que vous consacrez uniquement à l’alimentation de votre Muse, où vous posez la plume pour vous recharger et faire le plein d’idées nouvelles. L’écriture est une alchimie, un art de la lenteur et de la maturité.

IMG_0803

Une chose que j’aime faire, c’est prendre un de mes livres fétiches et lire, lire, lire et encore lire une phrase ou un paragraphe que j’ai apprécié, pour sa musique, les mots employés, l’ambiance qu’il véhicule… Je prends simplement du temps pour lire de manière critique. Pour me poser les bonnes questions : qu’est-ce qui me plaît, chez cet auteur ? Qu’est-ce qui rend sa plume aussi fluide ? De quelle façon construit-il ses phrases ? Comment traite-t-il les scènes d’émotion ou de combat, avec quel rythme dans les phrases, quel type de vocabulaire ?

Lisez. De tout. Aussi bien des articles de botanique que des traités de philosophie ou de psychologie. Sortez de votre zone de confort littéraire. Lisez sur la religion, osez découvrir des auteurs ou des genres que vous n’aimez pas. En écriture comme dans la vraie vie, connaître ses ennemis est un atout. Dévorez tout ce qui passe à votre portée. Oui, tout est utile pour nourrir votre créativité !

Mais parce que l’écriture est aussi un art profondément graphique (écrire un roman, c’est peindre avec des mots), n’hésitez pas à observer autour de vous, à boire la mise en scène des films que vous visionnez, à visiter les musées. J’aime beaucoup lire certains auteurs qui sont également scénaristes ou metteurs en scène : on sent à leur façon de décrire les événements qu’ils ont une conception très visuelle de leur écriture. Chaque scène prend vie d’une manière inédite ; vous vous la représentez très clairement.

Parfois, vous ne trouverez la matière de votre texte que dans la réalité. En sortant la tête de votre livre, en quittant votre bureau enténébré et encombré de miettes de pizza (et vous croyez vraiment que la muse va vous aimer si vous lui offrez une aussi piètre nourriture ?), en marchant dans la nature ou dans la foule, en vous imprégnant de tout ce qui vous entoure : voilà comment vous renouvèlerez votre créativité. Dehors devient une aventure. Ouvrez les yeux et laissez-vous surprendre par…ce que vous voyez ! Cela peut être un immense vol d’étourneaux qui plane au-dessus des champs, un rayon de soleil qui traverse un vitrail avec indolence, le rire d’une petite fille dans la rue, une vieille femme qui se met à danser au son des violons dans le Marais de Paris, un sourire échangé au hasard des rues…

Votre vie devient votre pratique – et votre pratique est une partie de votre vie, dans le sens où elle s’en nourrit.

forest-868715_960_720

Une promenade en forêt ? Notez la luminosité, les ombres qui se brodent sur le sol. Un coucher de soleil ? Observez la façon dont le ciel se diapre de nuances, le liséré bordeaux qui colore les vagues, les reflets de pourpre et d’or qui jouent sur les eaux d’un lac…

Une journée en famille ? Un moment entre amis ? Je sais que certains auteurs rechignent à délaisser leur feuille et leur plume, ne serait-ce que l’espace d’une journée. C’est comme s’arracher une partie de soi-même.

Pourtant, ce n’est pas du temps perdu…

Nous avons aussi besoin de recharger les batteries émotionnelles ; d’éprouver et de vivre des émotions authentiques et brutes pour les retranscrire de la manière la plus juste possible dans nos récits.

Je sais que la musique joue chez moi beaucoup ce rôle de « nourriture émotionnelle ». J’ai déjà vécu des expériences quasi-mystiques, lors de concerts, où il me semble « disparaître » dans la musique, le temps d’une chanson. Quand je rouvre les yeux, j’ai un moment d’étourdissement et de surprise : je ne me rappelai plus être au milieu de la foule, sur cette place, devant la scène, ni de la présence de mon cousin à mes côtés.

J’ai été transportée dans un autre monde.

harp-384557_960_720

Le lendemain de ces concerts, même si j’ai peu dormi, je suis en général emplie d’une saine et puissante énergie. Toute mon écriture, notamment si elle s’était faite un peu laborieuse les jours passés, redevient fluide et aisée. Quel bonheur !

Alors, si la muse vous déserte et vous boude… Maintenant, vous avez trouvé votre ambroisie : buvez le monde tout autour de vous, apprenez à (oser)  puiser en vous, et la Muse deviendra votre meilleure amie !

L’écriture est un constant va-et-vient entre intériorité, celle de votre univers personnel, et extérieur, celle du vaste monde et de la société.

Que votre plume reste affûtée ♥

Tendrement vôtre,

Eve.

Chocolat & compagnie, Douceurs enchantées, Recettes magiques

Brownie/fondant minimaliste au chocolat

J’en suis à une période de ma vie où j’oscille entre neuf et ancien. D’anciennes attaches continuent de me relier au passé par d’imperceptibles filins, mes pensées recyclent de vieux schémas que j’ai répété depuis l’enfance, avec plus ou moins d’inconscience. Et puis, il y a ces habitudes nouvelles, ce sens de la liberté qui émerge peu à peu, la conscience que je répète la symphonie de la mélancolie depuis des années, et l’envie de me délivrer de tout cela… Entremonde.

IMG_0801

Cet état a ceci d’effrayant que je suis à la confluence de dizaines de sentiers différents. Chacun représente un avenir, des choses que l’on a imaginées pour moi, ou auxquelles je rêve moi-même. Il y a ces voies qu’on aimerait me voir embrasser, et qui paraissent…logiques, raisonnables, dirai-je, quoique infiniment ternes. Et puis, il y a les autres, plus folles, plus imprévisibles, voies du cœur, voies de l’âme, vers lesquelles je me dirige, lentement, timidement, mais sûrement. Parfois, je glisse un pas sur un de ces nouveaux chemins, pour aussitôt bondir en arrière.

Douloureux Entremonde… Poésie de l’Entremonde, aussi, où tous les choix sont encore bourgeons. Il faudra voir ce que le Temps fera de ces jeunes pousses. Lesquelles s’épanouiront, lesquelles demeureront possibles jamais éclos.

IMG_0825

En attendant, parce que l’attente est parfois un peu douloureuse, je m’empiffre toujours autant de chocolat.

Après avoir eu ma période crème choco-cajou, brownie cru, barres au chanvre, truffes véganes, je crois que je viens de tomber dans les bras d’une nouvelle addiction. Tout a débuté à cause d’une photo, sur le compte d’une copine d’Instagram, d’une recette qui refusait de me quitter l’esprit, et d’une matinée en cuisine… Après un attentat à la banane bien mûre, un rapt de purée d’amande, et une rançon de chocolat, une sorte de fondant absolument indécent de gourmandise et de moelleux est né. J’ignore son nom, mais j’honore sa simplicité, sa texture, ses parfums. Et je ne peux que partager la recette avec vous, d’après @veganbb13

IMG_0836

Fondants véganes cacao-banane-amande :

Trois ingrédients, cinq minutes de confection, 15 ou 20 de cuisson… Voici ce que j’appelle une recette paresseuse. Mais néanmoins délicieuse…

  • 4 bananes bien mûres
  • 50g de cacao en poudre
  • 150g de purée d’amande complète, ou de purée de noisette
  • 1 pincée de sel marin, ou de sel rose de l’Himalaya (facultatif)
  • 1 pincée de vanille en poudre (facultatif)
  • 50g de noix de pécan/noisettes/macadamia grossièrement concassées (facultatif)

IMG_0830

Préchauffez le four à 180°C.

Écrasez les bananes avec la purée d’oléagineux de votre choix, ajoutez le cacao progressivement, puis la vanille et le sel.

Versez le mélange obtenu dans un petit moule carré.

Laissez cuire 15 ou 20 minutes, selon que vous souhaitiez un résultat plus ou moins fondant, plus ou moins pâteux.

IMG_0837

J’ai failli tout dévorer à la sortie du four : verdict, tiède, c’est un délice. D’après @veganbb13, après quelques heures de réfrigération, le tout prend une irrésistible consistance qui évoque un flanc bien dense. A vous de voir, selon vos préférences ! Le tout étant que vous…vous régaliez ♥

Tendrement vôtre,

Eve.

Contes & histoires, Développement personnel, Lectures, Réflexion

Les huit commandements de l’auteur heureux et productif

Pourquoi est-ce que ce maudit projet n’avance pas ? Vous avez le scénario en tête, des pages et des pages de notes préparatoires. Ce n’est même pas le temps qui vous manque ; si vous étiez de bonne foi, vous sauriez qu’au lieu de traîner trois heures par jour sur Internet, vous pourriez écrire davantage et vous sentir plus satisfait. La vérité, c’est que vous persistez à vous fuir. Pourquoi ? Pourquoi tout processus créatif est-il si douloureux et nous met face à mille craintes qui ressortent soudain : suis-je doué ? Est-ce que ce ne sera pas du temps perdu ? Quelle est ma légitimité pour écrire une histoire/nouvelle/roman ?

Et, pire que tout : à quoi bon ?

Je ne prétends pas répondre à ces questions, lesquelles ont forcément une réponse personnelle (en tout cas, sachez que tout Art, quel qu’il soit, vaut la peine d’être déployé. C’est votre moyen d’expression, votre manière d’être au monde ; n’ayez pas honte de prendre du temps pour vous et pour vous exprimer !), mais voici quelques humbles conseils pour éviter les écueils de l’écrivain torturé qui se fuit lui-même – parce qu’il se juge sans cesse.

writing-923882_960_720

Voici 8 les commandements de l’auteur productif et heureux !

 

A chaud, tu ne te reliras point :

Vous venez d’écrire deux pages sous le coup d’une brusque flambée d’inspiration. A priori, vous êtes plutôt content de la moisson du jour…jusqu’à ce que vous vous relisiez. Vous grimacez. Bon sang, mais qu’est-ce que cette tournure est mauvaise… Cette phrase ne veut rien dire. Le manque de vocabulaire vous afflige. Vous pataugez dans un marécage d’expressions sans queue ni tête. Et soudain, tous vos efforts se retrouvent engloutis sous une vague de découragement. A quoi bon l’inspiration, si tout ce que vous écrivez est aussi mauvais ?

C’est ce que j’appelle le piège de la relecture. Nous y sommes tous soumis, je pense, à des degrés divers. Et il n’y a rien de pire pour la confiance en soi qu’une relecture qui vous décourage de l’écriture… Votre esprit critique s’empare du moindre défaut, qu’il grossit démesurément.

Nous ne sommes jamais plus mauvais juges qu’à chaud, directement après l’écriture d’un passage. Au lieu de nous laisser aller à la critique impitoyable, mieux vaut laisser tomber la relecture, rester sur notre première impression (la meilleure, celle que nous avions pendant que nous écrivions) et laisser passer un peu de temps ; idéalement quelques jours. Le mieux serait presque d’enterrer le texte. Et d’y revenir après l’avoir pour ainsi dire oublié – avec un regard neuf. Ainsi, vous serez constructif, et non piégé par des critiques contre-évolutives.

Tu ne te jugeras point :

Nous avons tous des mentors en écriture, plus ou moins assumés. Si vous voulez tout savoir, les miens se nomment Barjavel, Oscar Wilde et Charlotte Brontë. Nous avons tous des idoles, des auteurs dont nous jalousons un peu le style et la tournure aisée… Le piège est le suivant : vouloir se comparer aux grands auteurs. En comparaison de leur maîtrise de l’écriture, nos propres productions apparaissent soudain bien pâles. C’est le malaise, la honte, le découragement. A quoi bon écrire si on n’est pas Victor Hugo ?

(comme il n’y a eu qu’un seul Victor Hugo, plus personne ne devrait plus jamais rien écrire. Imaginez, avant lui, que Victor Hugo se soit désespéré de ne pas égaler le génie de Virgile et qu’il n’ait jamais rien produit… ?)

Justement, vous n’êtes pas Victor Hugo : vous êtes vous. Et c’est tant mieux. Source d’inspiration plus que source de malaise, nos mentors en écriture ne devraient jamais nous complexer.

old-books-436498_960_720

Le critique intérieur tu renverras :

Même combat. La petite voix insidieuse qui soupire en vous que vous manquez de talent et qui vous bride… Appelez-le comme vous voulez, je le surnomme pour ma part « le critique intérieur ». En l’occurrence, je trouve que l’expression s’applique très bien à la situation. Il s’agit de cette instance de votre être qui commente tout ce que vous accomplissez, souvent sans une ombre de bienveillance (et sans objectivité non plus…). Au lieu de vous servir, ses remarques vous découragent et vous détournent de votre tâche. Parce que nous y sommes toujours vulnérables, parce qu’on n’y est jamais complètement immunisés, parce qu’il y a des jours où il reprend le dessus, écrivez sur un post-it de votre bureau, en lettres capitales : VOUS N’ÊTES PAS VOS PENSEES. Imprimez-le. Faites-vous-en un mantra. Chantez-le sur tous les tons… Le critique intérieur ne devrait jamais triompher, justement parce que…il ne vous sert à rien. La critique d’un ami, les reprises d’un bêta-lecteur : elles sont précieuses. Mais les geignements incessants de cette petite voix qui vous fait douter de tout, à commencer par vous… Non !

letters-2111537_960_720

La page blanche ta meilleure amie sera :

Ah, la fameuse page blanche. Quintessence du vide, de la peur de n’être plus bon à rien, de ne plus savoir qu’écrire, d’avoir le poignet rouillé, de… Ah, ça vous dit quelque chose ?

Nous avons tous des moments de passage à vide. Où rien ne vient. La tension monte. Les phrases raturées s’enchaînent les unes aux autres. L’esprit s’emballe. Pourquoi est-ce que j’écris, au fait ? Qu’est-ce que je fais-là ? Et si je n’y arrivais plus jamais ? Et si… Stop.

Et si cette brave page blanche devenait votre meilleure amie ? Rien ne vient ? Quelque chose vous bloque. Ou alors, la scène que vous voulez écrire refuse de se matérialiser sur le papier. Très bien. Partant du principe que le vide est fécond, détournons cette maxime bouddhiste à notre avantage. Revenez aux basiques. Laissez tout tomber, sortez inhaler quelques bouffées d’air frais puis, la plume comme l’emblème d’un guerrier des mots, reprenez votre poste.

Ecrivez tout autre chose. En général, quand on n’arrive à rien, c’est qu’on se bloque soi-même. Pour ce faire, rien de tel que l’écriture au fil de la plume. Ecrivez tout ce qui vous vient à l’esprit qui pourrait faire suite à ce début d’histoire, le plus basique et le plus ouverte possible : « Alors que vous vous promenez dans la forêt, vous entendez soudain des sanglots. Vous vous approchez pour découvrir… » Et laissez parler l’imagination, sans prise de bec avec vous-même ou votre critique stylistique intérieur. Juste laissez couler.

D’ici un quart d’heure, vous vous serez sans doute débloqué et pourrez peut-être envisager la scène qui vous bloquait avec un œil nouveau, reposé.

Tu ne te disperseras point :

Ah, Internet. Les mille onglets ouverts. Les stimulations permanentes. Les notifications qui s’enchaînent. Les sms. Le téléphone qui sonne. Le chien qui vous supplie de sortir… Les tentations pour vous détourner de votre chemin d’auteur sont innombrables. Le péril est d’y céder, trop souvent, trop fréquemment. Vous pensez que votre cerveau peut assumer plusieurs tâches à la fois, répondre au téléphone, écouter de la musique, discuter avec untel et rédiger telle ou telle scène en même temps. En vérité, il ne cesse de sauter d’une activité à l’autre. Résultat : vos pensées défilent, se mélangent, vous manquez de concentration. Votre cerveau déteste ça. Et comme cette scène ne vous emballe pas des masses, vous partez discutailler avec untel à la place. Résultat ? Vous avez écrit 30min sur les deux heures initialement prévues. Pas très bon pour l’estime de soi, ça non plus. Si vous voulez être efficace et au meilleur de vos capacités, il est important de vous mettre à écrire et rien qu’à écrire pendant un temps consacré à cela. Si c’est une demi-heure, tenez-vous-y. Deux heures aussi. Plongez dans le texte, immergez-vous dans les mots. Vivez ce que vous écrivez. Et si le critique intérieur frappe à votre porte, renvoyez-le comme vous le feriez d’un démarcheur téléphonique.

book-2325624_960_720

L’inspiration tu revaloriseras :

Voilà un parti pris de ma part, sans doute, mais je pense que l’écriture sans une part de folie, d’inspiration, de quelque chose de créatif et d’un peu inexplicable, ressemble à un gâteau au chocolat sans chocolat. Il manque quelque chose ; vous vous demandez quoi (un peu, beaucoup, passionnément, à la folie), mais vous mangez quand même. Je pense qu’on ne peut pas tout contrôler, dans le processus d’écriture. J’en parlais dans un article sur le flow, mais si vous tentez de tout maîtriser, vous passerez à côté de l’essentiel. De temps en temps, pratiquez en vous détachant de vos notes, laissez-vous transporter ou surprendre au détour d’une phrase… Ré-enchantez votre pratique !

Du plaisir tu y prendras :

Tout est dit, non ? Jouez avec les mots ! Jouez avec vos personnages ! Peaufinez votre histoire et votre monde ! Si votre pratique est un jeu, vous ne vous ennuierez jamais. Tant que vous êtes passionné, vous risquez moins de souffrir d’un manque d’inspiration. Une scène vous ennuie ? Essayez de la voir sous un jour nouveau. Envisagez-la autrement. Amusez-vous avec les clichés !

adult-2242164_960_720

Se jeter dans les mots tu devras :

La première phrase, celle qui déterminera du reste de votre texte… Vous passez des heures à la chercher, à la faire aussi parfaite que possible… Les ébauches s’accumulent avec les ratures. Rien à faire, elle ne vous satisfait pas.

Je crois qu’en matière d’écriture, il faut se résigner à l’imperfection du début, jusqu’à la fin. Comme les premiers chapitres d’un roman sont ceux qu’on retouche le plus, les premières lignes d’un texte sont pareillement soumises à la merci de vos critiques. Soyez doux avec vous-même. Ne vous focalisez pas trop là-dessus ; de toute manière, vous y reviendrez, à ce début. Alors, plongez dans le texte. Le début étant susceptible d’évoluer avec l’histoire/le texte, faites-vous violence pour n’y revenir qu’à la fin du chapitre. Là, vous saurez vraiment où vous souhaitez en venir ; vos corrections et retouches seront alors efficaces.

Si vous avez du mal avec les débuts, un conseil qui est une méthode partagée par pas mal d’auteurs : sautez à pieds joints dans une scène. Dispute, conversation, voyage… Laissez les impressions se déployer autour de vous et planter le décor.

 

Voilà, j’espère que ces petits « commandements » vous auront plu/éclairé de la lumière de votre muse !

En attendant, je vous souhaite à tous une délicieuse soirée ♥

Tendrement vôtre,

Eve.

Beauté, Réflexion, Recettes magiques

Faut-il avoir peur du soja ?

Entre le tofu, le tempeh, le lait de soja et les protéines de soja, le marché est envahi de produits dérivés de ce petit haricot nommé soja. Il s’agit d’une plante cultivée et consommée depuis des millénaires et qui, cependant, passionne aujourd’hui les foules.

Dans le milieu de la cuisine saine, on vante les vertus du tofu ; il est décrié à la télévision, brandi comme un pâle cliché du végétarisme.

tofu-1478696_960_720

Bref, une légumineuse sujette à de nombreuses polémiques. Glycine max, prosaïquement nommé « soja jaune » (à ne pas confondre avec le haricot mungo (Vigna radiata), la plante que l’on fait germer pour obtenir les fameuses « pousses de soja » qui…ne sont pas du soja !) était déjà considéré en Chine comme l’une des cinq plantes sacrées, près de trois millénaires avant notre ère. Soja, riz, blé, orge, millet étaient alors la base de l’alimentation chinoise.

Depuis, la petite graine a fait son chemin dans le monde entier, s’implantant peu à peu dans le reste de l’Asie, jusqu’à être introduite dans la gastronomie traditionnelle de nombreux pays. Son arrivée aux Amériques et en Europe s’avère relativement récente, car le soja n’est apparu sous forme de préparations diététiques ou de boissons infantiles qu’à l’extrême-fin du XIXème siècle (voire début XXème).

soy-1831703_960_720

De nos jours, une très large partie de la production de soja est destinée à nourrir le bétail, sous forme de tourteaux. Une autre partie, transformée et achetée sous forme fermentée de miso, de tempeh ou de tofu, est destinée à l’alimentation humaine. Sa richesse en protéines complètes (elles renferment les huit acides aminés que le corps ne sait pas synthétiser), en lipides (oméga 6) et sa relative pauvreté en glucides en font un aliment de choix pour remplacer les produits carnés, lorsque l’on est végétarien ou végétalien, ou simplement quand on souhaite diminuer ses apports de viande ou de poisson. Son profil nutritionnel est tout à fait équilibré ; en plus de contenir des nutriments intéressants, le soja est également riche en vitamines et oligo-éléments.

Pourquoi cette crainte de consommer du soja, alors ?

Les coupables sont une substance retrouvée dans la fève de cette légumineuse, les fameuses phyto-hormones dont vous avez forcément déjà entendu parler.

Futura-science donne la définition suivante des phyto-hormones :

« Hormone végétale. Substance biologique hautement active qui régule la croissance et le développement des plantes. Certaines agissent en tant que vecteur d’information pour réagir aux stress environnementaux (stress hydrique, attaque par des herbivores…), voire pour communiquer entre plantes. »

(Si vous souhaitez une explication plus complète et plus scientifique, rendez-vous sur http://www.universalis.fr/encyclopedie/phytohormones-hormones-vegetales/)

Parmi ces phyto-hormones, le soja renferme notamment des isoflavones, dont de la génistéine, la daidzéine et la glycitéine. Ces substances exercent une forte activité antioxydante sur le corps humain. Leur structure est similaire à celle des œstrogènes, hormones emblématiques du cycle féminin, dont elles miment l’action. Elles sont bel et bien actives sur le plan hormonal, et se fixent, au moins en partie, sur nos propres récepteurs hormonaux. Il faut préciser que leur activité hormonale est cependant de 1000 à 10 000 fois inférieure à celle de nos hormones endogènes.

C’est là que cela devient intéressant : les isoflavones entrant en interaction avec nos propres productions hormonales, elles exercent un effet régulateur sur notre équilibre hormonal. Par exemple, si votre organisme produit trop d’œstrogènes, les isoflavones vont en partie bloquer leur synthèse et leur assimilation. A l’inverse, en cas de carences, les isoflavones vont agir positivement sur le corps et permettre de combler les manques.

C’est aussi de là que sont parties les rumeurs sur la nocivité du soja en cas de cancer, et notamment de cancer du sein hormono-dépendant. Certaines hormones, dont font partie nos œstrogènes, exercent en effet une action de croissance sur les cellules cancéreuses. A l’inverse, certaines études (Nagata C., Mizoue T. et coll. Soy intake and breast cancer risk: an evaluation based on a systematic review of epidemiologic evidence among the Japanese population.) ont démontré l’action protectrice des phyto-œstrogènes, qui permettraient la destruction partielle des cellules cancéreuses.

Vous le voyez, la réalité n’est ni blanche, ni noire, mais bien plus complexe que cela…

Les allégations pro ou anti-cancer du soja sont souvent fondées sur une confusion entre œstrogènes et phyto-œstrogènes. S’y ajoute une certaine méconnaissance de leur rôle d’action dans l’organisme. Loin de moi l’idée de trancher (qui suis-je pour cela ?) et de penser à votre place. Cependant, je vous laisserai quelques utiles informations sur la fréquence de cancers du sein en Asie, pays qui est un grand consommateur de soja depuis des siècles : là-bas, les femmes ne sont pratiquement pas touchées par ce fléau.

soy-1888556_960_720

Pourquoi ?

Tout simplement parce que tous les produits dérivés du soja ne se valent pas.

En Asie, la consommation de soja est certes régulière, mais elle excède rarement les 50g par jour. En outre, le soja est presqu’exclusivement consommé sous sa forme fermentée : tofu, miso, tempeh. La fermentation, en effet, fait drastiquement baisser le taux d’isoflavones contenu dans le soja. A l’inverse, le lait de soja, une des formes les plus courantes sous laquelle on consomme le soja en Occident (et pour ainsi dire inconnu en Asie) est extrêmement riche en isoflavones !

Sachez en outre que le soja, sous sa forme non-fermentée, est très riche en substances anti-nutritionnelles : les lectines et l’acide phytique sont des substances produites par la graine pour empêcher sa germination en l’absence de conditions propices. Sans trempage ni fermentation, ces substances sont toujours présentes dans la graine que vous consommez. Au moment de la digestion, les lectines et l’acide phytique agissent en se collant aux oligo-éléments, type calcium et magnésium, dont l’assimilation est entravée par la muqueuse intestinale.

Comment consommer le soja ?

Comme toujours, prudence et parcimonie sont de mise. Ne pas en faire une consommation trop importante (ne pas oublier qu’en Chine, il est vu comme condiment ; en outre, les Asiatiques sont habitués à en consommer depuis des millénaires. Forcément, cet aliment est mieux adapté à leur organisme qu’au nôtre !) et, surtout, éviter de boire trop souvent du lait de soja, extrêmement riche en isoflavones et en facteurs anti-nutritionnels. Ce conseil s’applique à tous, mais plus particulièrement aux femmes enceintes, enfants et femmes souffrant de cancer hormono-dépendant.

En revanche, le soja sous sa forme fermentée (miso, tempeh, lacto-fermenté) ne présente pas de risque, la fermentation débarrassant l’aliment de ses facteurs anti-nutritionnels et d’une partie des phyto-oestrogènes ; il présenterait au contraire une action protectrice et régulatrice du système hormonal.

Paracelse ne disait-il pas déjà pas que “ Tout est poison et rien n’est sans poison; la dose seule fait que quelque chose n’est pas un poison. ” ?